Alimentation: quatre questions et quelques solutions

Cette contribution est fondée sur l’idée que la raison d’être de l’agriculture est de nourrir les habitants de la planète en gagnant sa vie, pas de les rendre malades et les agriculteurs avec, encore moins de les tuer.

Ce qui soulève quatre questions et conduit à quelques pistes de solution :

1- Comment empêcher la production alimentaire de tuer les habitants de la planète ?

Selon Jancovici, l’alimentation émet un tiers des gaz à effet de serre. Selon www.co2.earth la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère est à 408 ppm en Décembre 2017. Selon le GIEC, à 450 ppm nous franchissons les 2°C de réchauffement et basculons dans l’inconnu :   http://agirlocal.org/category/yvoirclair/

A la vitesse à laquelle nous émettons, ce seuil sera franchi dans les années 2030.

Si, à écouter nos scientifiques, ce réchauffement est bien une question de vie ou de mort, la première question à régler est : comment réduire drastiquement les émissions de l’alimentation ?

Le première idée qui vient est de permettre aux acheteurs de connaître la quantité de C02 émise par calorie de nourriture : 30 millions de ménages français, 5 à 6 millions d’entrepreneurs et des centaines de milliers d’élus locaux peuvent alors agir au quotidien, à chaque achat, en lisant les étiquettes. Ce que l’on fait pour les prix au kilo devrait pouvoir être fait pour les grammes de CO2 à la kilocalorie.

2- Comment empêcher la production alimentaire de rendre malades ceux qu’elle nourrit ?

Il y a 50 ans déjà, on pouvait lire un certain Fournier qui expliquait entre autres que nourrir les animaux avec leurs propres déchets amènerait inévitablement une concentration dans la chaine alimentaire de germes pathogènes et des maladies qui se transmettraient à l’homme. Depuis nous avons eu la vache folle et la grippe aviaire. Sur la même chaîne alimentaire, avec l’injection massive de produits chimiques, nous avons maintenant outre les cancers des agriculteurs et des riverains en exposition directe, les concentrations de produits chimiques dans notre alimentation et la nature en général, les antibiotiques et les perturbateurs endocriniens de nos enfants en particulier, ainsi que la destruction massive de la biodiversité, avec celle des services gratuits qu’elle nous rend.

Notre santé mérite mieux.

L’idée est de pousser vers l’agriculture raisonnée et le bio, par la transparence. De même que l’on fait une déclaration d’impôts, chaque vendeur devrait déclarer les quantités d’entrants de ses produits vendus, ainsi que ramenés à la calorie alimentaire ; Les pouvoirs publics se chargeant de publier les résultats par vendeur et par commune. Par département, on pourrait ainsi connaître les achats de produits chimiques ainsi que les quantités incorporées dans notre alimentation.

A charge pour les familles, les entrepreneurs, les élus locaux de faire leurs choix, au quotidien comme dans les contrats de restauration collective : cantines, restaurants interentreprises…

http://agirlocal.org//wp-content/uploads/sites/15685/2016/08/fiche-17-Privilegier_la_boucle_locale_alimentaire_cle013a46.pdf

Associée à la proposition d’étiquetage CO2 à la calorie, on tient là un levier de développement de la boucle locale alimentaire saine et durable.

3- Faut-il s’interdire de sortir du cadre de l’alimentation pour trouver des solutions ?

Cette troisième question est celle de l’enjeu de la production agricole en général : par exemple la rénovation énergétique du bâti existant à base de chanvre peut être source d’activité dans la plus grande région céréalière de France qu’est l’Île de France. Il n’est pas interdit de faire pousser ce chanvre, matériau isolant, demandant peu d’entrants, en assolement triennal avec des céréales.

Plus globalement, on peut faire mieux encore en raisonnant « métabolisme du territoire » : l’alimentation, les éco-matériaux, les éco-énergies poussent à la campagne et sont consommées en ville. Pourquoi raisonner métabolisme ? Par exemple pour associer productions agricoles et zones d’activités pour une première transformation des récoltes, celle qui permet de capter de la valeur ajoutée, créer du lien social ville-campagne et développer l’emploi. Et bien d’autres avantages.

Quelques fiches action en ce sens sont accessibles depuis http://agirlocal.org/a-la-une/ et notamment la fiche : « et si les ZAE étaient acteurs de l’indépendance alimentaire des territoires ? » p89-92 du document outil téléchargeable.

 

4- Comment donner une dimension économique à la transition écologique et sociale agricole ?

Cette quatrième question peut être abordée par le revenu agricole. Curieusement, il n’existe pas de smic de l’agriculteur. Est-il un entrepreneur comme un autre ? La réponse est a priori négative : il est le seul à produire de l’alimentation, des énergies et des matériaux bio-sourcés. Ce qui au vu des enjeux demande de le traiter à part : la solution à la transition écologique et sociale est dans la valeur comparative à donner à ces éco-productions en regard du pillage des ressources fossiles. D’autant qu’en territoire périphérique, il est au fondement d’une activité économique non délocalisable.

Comment ? En créant une force susceptible de contrer les activités économiques nuisibles, pire, mortelles, s’agissant des gaz à effet de serre. Cette force est nécessairement d‘ordre public. Prosaïquement elle touche au fondement de ces activités économiques nuisibles, c’est à dire au portefeuille. Il est proposé une taxe à la néga-valeur ajoutée ou plus simplement dit une taxe à la destruction ajoutée. Spécifique, fonctionnant comme la TVA, elle frappe l’emploi des ressources fossiles à la source et tout au long de leur chaine de production et d’exploitation.

Assise sur les émissions de gaz à effet de serre émises à chaque pas de production mais aussi spécifiquement sur les quantités de déchets chimiques produits et disséminés, elle contre le modèle économique dominant qui pille les ressources naturelles au détriment des générations futures. Appliquée sur les lieux de consommation quels que soient les lieux de production sur la planète, elle concoure à la résolution des 3 questions précédentes et peux régler celle du revenu des agriculteurs : au bout, rien n’empêche en effet d’en capter une partie pour assure un smic à chaque exploitant agricole, indépendamment des variations des cours des marchés mondiaux.

En outre, une telle taxe est de nature à faire évoluer le calcul du PIB vers celui du Bonheur National Brut, en soustrayant du PIB la « valeur ajoutée » des productions destructrices. Une idée à développer.

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