D’un ministre isolé à un ministre soutenu ?

Le 2 septembre 2018

Madame ou Monsieur le futur Ministre en charge de l’écologie,

Nicolas Hulot a dit combien il s’est trouvé isolé pour combattre la menace climatique à la hauteur des enjeux. Il n’est pas impossible que vous vous retrouviez dans la même situation. Aussi je me permets d’attirer votre attention sur le fait que 30 millions de familles, 5 millions d’entrepreneurs et un bon demi million d’élus locaux ignorent leur impact local en matière d’émissions de gaz à effet de serre. Il est donc peu étonnant que nous soyons aussi peu efficaces et motivés pour contrer à bon escient la menace climatique ; et vous bientôt aussi isolé que votre prédécesseur.

Nous estimons normal de connaître grâce à l’INSEE, la population, l’emploi et bien d’autres choses, commune par commune, ce n’est pas le cas de nos émissions de CO2. Pas plus que nous ne connaissons sur nos communes une douzaine d’indicateurs directement issus des 6 enjeux majeurs repérés il a plus de 10 ans lors du Grenelle de l’environnement : par exemple l’indice de développement humain, la distance domicile travail, les kwh/m2 de nos bâtiments, le potentiel de biodiversité. Sauf en Île de France.

J’étais alors directeur de la stratégie et du développement durable auprès du Préfet directeur régional de l’équipement. Il m’avait demandé de « faire que ça arrive ». Avec plusieurs milliers d’acteurs locaux, nous avons alors construit un outil de mobilisation des habitants, entrepreneurs et élus locaux qui leur donne la mesure de leur impact sur la planète à la commune, là où ils vivent et donc là où ils peuvent en décider : en douze lignes d’actions et indicateurs, cet outil simple permet de construire localement une vision partagée et organiser localement l’objectif zéro carbone mais aussi veiller au bien être ou à la biodiversité. Il a été validé par l’association des maires Île de France. Si vous habitez l’une des 1300 communes franciliennes, vous pouvez tirer un portrait de votre commune en quelques clics : http://agirlocal.org/acceder-aux-indicateurs-et-cartes-de-chacune-des-1300-communes-franciliennes/

Des actions, projets et démonstrateurs reproductibles en ont été tirés à l’échelle de la Région comme le chauffage urbain aux énergies renouvelables et de récupération, à l’échelle de la ville comme les tiers lieux sur les gares ou à celle du quartier plus modeste mais potentiellement très efficace comme la rénovation énergétique de maisons groupées (il y en a 10 millions comme cela en France). Les développements et le potentiel de développements sont sans commune mesure avec ces quelques exemples.

Plus tard, à la demande du ministère et de l’ADEME, nous avons généralisé cet outil à la France métropolitaine, à l’AFNOR. Reste à calculer les indicateurs pour 36 000 communes comme nous l’avons fait pour les 1300 d’Île de France. J’attire en particulier votre attention sur un indicateur global de biodiversité fait avec le Museum national d’histoire naturelle. Il avait intéressé en son temps le commissariat général au développement durable. Et puis « l’environnement, ça commence à bien faire » a dit un président de la république. Le commissariat a renoncé. D’autres avec.

Pour que ce travail ne se perde pas, nous avons continué, autant que faire se peut. D’une enquête faite après mon départ par la Direction régionale, au début 2013, il est ressorti que cet outil était connu de la moitié des décideurs et utilisée par un quart. Sans un euro de subvention.

En 2014, j’ai documenté et porté tout cela sur internet en mode 20 lignes, 2 pages, 20 pages selon le temps et l’intérêt de chacun: www.agirlocal.org . J’y ajoute de temps en temps un article à la une. Cette fois, il s’agit d’un atelier international que nous montons depuis 2 ans sur « la vie dans les métropoles au XXIème siècle ». Si vous avez encore le temps de lire 4 pages illustrées, vous y trouverez un article qui vous permettra d’examiner l’état de réflexion collective à laquelle nous sommes parvenus. Il propose de jouer le bien être contre le climat, pose le fait que nous sommes le problème et donc la solution et enfin apporte des solutions concrètes, collectivement élaborées au fil du temps par ceux qui pourraient vous soutenir. http://agirlocal.org/la-vie-au-xxieme-siecle-court/

Mais vous savez tout cela, le tout est d’en décider :

Dans un premier temps, la mise à jour des données serait pour l’Île de France un progrès notable et très peu couteux. La généralisation à la France demanderait plus de travail mais mettrait la France, en moins d’un an, en pointe sur ce type de dynamique, à la veille de nouveaux mandats municipaux.

Bien des acteurs locaux ont inventé des projets sans cet outil, perfectible cela va de soi, mais il a une valeur ajoutée supplémentaire à la détection des actions efficaces : il permet de converger sans avoir à se coordonner. Y ajouter une liste de gisements de réductions des émissions de CO2 et une vitrine à projets nous permettraient d’agir localement à la hauteur des enjeux

Cela ne suffirait pas pour se hisser à la hauteur des enjeux mais serait un grand pas; vous auriez de quoi convaincre d’agir une trentaine de millions de familles dont les entrepreneurs et les élus, parmi lesquels les plus motivés se demandent « et maintenant on fait quoi ? » Seuls ou ensemble. Mobiliser 30 millions d’acteurs contre la menace climatique, ajoutés à un ministère, des arbitrages et des lois, cela vaut la peine d’essayer, non?

Evidemment, il y a peu de chance que vous lisiez ce message ; aussi, dès que je connaitrai votre nom, Madame ou Monsieur le ministre, je vous écrirai, par acquit de conscience.

Cette lettre sera probablement dérisoire. Lecteurs de ce post, il nous faut d’abord compter sur nous : relayez, partagez. Si nous faisons un score, nous serons entendus, jusque dans les ministères, bardés de lobbyistes : 43 sur 350 conseillers du gouvernement si j’en crois France 2. Et peut être, la ou le futur ministre lira ce post et s’en servira, soutenu.

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