ignorer le co2 pour agir ?

Nous fonçons à l’aveuglette sur le mur climatique

Les gouvernements savent qu’à lois, subventions, incitations constantes, une famille, un entrepreneur, un élu local, peuvent émettre du simple au double de CO2 : les comportements d’achat,-voiture, frigo, chauffage, nourriture-, comme les habitudes,- vacances au loin, achats et produits de l’entreprise, cantine et chauffage des écoles par exemple-, sont déterminants. D’autant plus que l’on en ignore les conséquences.

Que l’on se sente responsable, citoyen, entrepreneur, élu, et prêt à changer de comportements et d’habitudes ou que l’on ait la tête ailleurs, force est de constater que l’information est le maillon faible du dispositif : trop ou trop peu, sectorielle ou biaisée à dessein par les lobbies, elle n’est jamais à la fois globale, claire et opérationnelle. Nous sommes dans l’ignorance de nos émissions de CO2, traduites en termes de vie quotidienne (kWh, essence…).

Nous marchons à l’aveuglette tout en sentant plus ou moins le danger d’agir ainsi.

Même si l’on n’a pas la tête ailleurs, nous sommes empêchés d’agir efficacement à notre niveau pour contrer le changement climatique.

Dés lors, faut-il s’étonner que la plupart des acteurs locaux motivés ne voient pas d’autre issue que dans la revendication ?

Et les autres, ceux qui prennent des initiatives locales et les poursuivent contre vents et marées, faut-il s’étonner qu’ils tapent parfois à côté de la plaque, faute de pouvoir mesurer la partie de leur action dans le tout de nos émissions ?

Dans ces deux cas, la frustration est garantie. Dans tous les cas nous fonçons à l’aveuglette sur le mur climatique, gouvernants et gouvernés.

Pourtant l’outil d’information global existe en France : le bilan carbone calculé à la commune a été construit pour cela il y a maintenant plus de 10 ans, le bilan au foyer il y a plusieurs années. Mais ils ont disparu du site de l’Ademe où ils ont pourtant été financés par nos impôts. Pire le bilan carbone à la commune n’a jamais été calculé pour les 36 000 communes de France.

Imparfait il ne permettait ni comparaison d’une commune à l’autre, ni addition de la commune à la région. Ces défauts ont été corrigés par l’ex direction régionale de l’équipement Île de France, il y a 10 ans, pour un coût dérisoire, mais en Île-de-France seulement.

Passons sur ce qui a conduit à cet état de fait.

Un bilan CO2 fournit par l’Insee, à la commune

Si les données publiques sont celles qu’un pays se donne pour se gouverner,-la population, l’emploi, et bien d’autres données fournies par l’INSEE-, alors, faute de données publiques, nous sommes aveugles à ce qui provoque le changement climatique, nous ne nous gouvernons pas pour y échapper.

30 millions de ménages, 5 millions d’entrepreneurs et 500 000 élus locaux n’ont pas l’information minimale nécessaire pour écarter la menace climatique, là où ils vivent, c’est à dire là où ils peuvent en décider.

Pour changer nos comportements et nos habitudes, trouver le chemin économique et social de la transition, dans le plaisir de vivre, de la COP 21 à la commune et de la maison à la planète, nous avons d’abord besoin de savoir où nous en sommes en matière d’émissions, chez nous, là où nous vivons, là où nous décidons ; nous avons ensuite besoin de compter carbone, à chaque achat, quotidien ou exceptionnel, à chaque prise de décision, seul ou ensemble.

Le bilan des gaz à effet de serre, public, gratuit, est bien le point de départ pour contrer en connaissance de cause, chacun à notre niveau, la menace climatique. Le calculateur au foyer est bien le moyen de compter carbone aussi facilement que nous comptons en euros.

Et si compter carbone demande un minimum d’effort,-comme en voyage lorsqu’il faut apprendre à se servir de la monnaie du lieu-, cet effort vaut la peine : économiser du CO2 économise des euros, augmente le pouvoir d’achat que l’on peut réinvestir dans le renouvelable, pour vivre mieux.

Vivre mieux, c’est bien ce après quoi nous courons tous ?

Proposition :

Le bilan des émissions de gaz à effet de serre à la commune, en responsabilité, est fourni par l’INSEE ; il détaille les 4 postes clé sur lesquels agir : la nourriture, les bâtiments, les déplacements et l’énergie. Il en fournit les éléments de calcul, kWh et sources d’énergies, entre autres. Il est simplement additionnable de la commune à la région.

Le calculateur au foyer est rétabli puis amélioré.

Compter, penser et agir carbone

Au delà de cette information minimale, nous ne sommes pas organisés à l’échelle du pays pour agir efficacement. Pour « faire confiance aux territoires, à la société et aux acteurs pour se transformer » comme dit le président de la république, l’expérience montre qu’il manque un cadre et des outils pour agir.

Lesquels ?

Chemin faisant, compter carbone les a mis en lumière : progressivement, à compter carbone, on se met à penser carbone, c’est à dire à penser hors du cadre de nos habitudes.

Cette façon de penser hors du cadre fait émerger des projets efficaces, du quartier à la région. Par exemple :

  • isolation groupée de logements qui augmentent leur confort et diminuent leurs coûts de chauffage en maîtrisant les investissements,
  • chauffage urbain aux énergies renouvelables qui stoppe les hausses de charges locatives, réduit le déficit du commerce extérieur et de ce fait augmente l’emploi non délocalisable
  • tiers lieux qui réduisent les temps de transport et les transports bondés; par exemple.

Mais arrivés là, l’expérience montre que nous nous heurtons au besoin de cadre et d’accompagnement, de la part des pouvoirs publics, pour mener à bien ces projets efficacement, à la vitesse nécessaire, et permettre de les reproduire sur d’autres territoires, sans avoir à les réinventer :

  • Devant la technicité de certains projets mais aussi devant les 6 étages de gouvernants, de la commune à l’Europe, il manque une ingénierie publique, tiers de confiance, apte à articuler les initiatives de terrain et les décisions des gouvernants.

Ce tiers de confiance a un autre avantage, clé : il est le chainon manquant de nature à construire une démocratie dans l’action. Cette forme de démocratie, fondée sur les projets des habitants, des entreprises, des élus locaux est par construction permanente ; elle n’est ni intermittente comme la démocratie représentative, nécessaire, ni ponctuelle comme le référendum d’initiative citoyenne : voir cette contribution au grand débat : http://agirlocal.org/tiers-de-confiance/

  • Une vitrine à projets efficaces apparaît tout aussi évidente pour ne pas réinventer l’eau chaude aux 4 coins du territoire. Cette idée a été en particulier développée dans le rapport du groupe de travail « transition » des partenaires de la mission de préfiguration du Grand Paris.

Le tiers de confiance aurait tous les moyens pour l’organiser. http://agirlocal.org//wp-content/uploads/sites/15685/2016/02/Rapport-Groupe-transition-Conseil-des-partenaires-13-10-2015.pdf

  • Et bien sûr le nerf de la guerre, le financement, tel que proposé par Jean Jouzel (ex Vice-président du GIEC) et Pierre Larrouturou, économiste : un financement sans endettement de l’Etat, adossé à la création monétaire, à l’Europe, pour financer l’économie réelle des projets de développement durable.

Ce pacte a lui aussi un effet supplémentaire on ne peut plus décisif : rendre l’Europe désirable ;

en 2 pages, http://agirlocal.org/pacte-finance-climat/

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