lecture NYU

17 juin 2020

 Présenté à l’université de New york le 7 juillet 2020, ce texte  synthétise une vingtaine d’années de travaux de plusieurs milliers d’acteurs locaux visant à écarter la menace climatique là où ils vivent, c’est à dire là où ils peuvent en décider. Trois parties, état des lieux, démarches, solutions, donnent corps à ce qui rassemble ces acteurs : penser local pour agir global.

Métropolisation, futurs urbains, décroissance ?

New York University

Lecture du 7 juillet

J’ignore ce que vous savez ; 50 ans de métier m’obligent à faire synthétique. J’ai donc préparé à votre intention 3 séquences : état des lieux, démarches, solutions.

I- Etat des lieux

A- Notre pronostic vital est engagé :

Je commence par une question : qui parmi vous sait compter carbone aussi facilement que vous comptez en dollars ? Celles et ceux qui ne savent pas compter carbone ne prennent pas la menace climatique au sérieux.

Nous avons cette année franchi le seuil de déclenchement des 1,5°C. Il reste deux élections présidentielles avant que nous ne franchissions le seuil de déclenchement des 2°C de réchauffement.

En clair, la menace climatique a tellement grandie que les scientifiques du climat nous disent que notre pronostic vitalest engagé. Comme un docteur qui vous prend au SAMU.

En conséquence, dans le temps qui reste, les quelques 2 milliards d’être humains qui font partie de la classe moyenne et supérieure mondiale et émettent 80% des GES, doivent réduire leurs émissions de 80% d’ici 2030, quel que soit le niveau de vie moyen du pays, où qu’ils soient. Vous, moi, ceux des pays riches comme ceux des pays pauvres. Nous sommes le problème, nous sommes la solution. 

Les métropoles émettent 80% des gaz à effet de serre. Dans le temps qui reste,  elles ont en général deux mandats électoraux pour réduire de 80% leurs émissions.

L’un ne va pas sans l’autre. Les territoires et ceux qui y vivent.

Nous n’avons pas le choix. Une tonne d’équivalent C02 émise à Pékin, New York ou Paris est uniformément répartie dans l’atmosphère tout autour de la terre un mois plus tard et y reste un siècle. Rien ne sert de cacher ses émissions derrière son petit doigt ; il n’y a pas de barques de sauvetage, pas même pour les premières classes.

Comment faire ? il est d’abord nécessaire de réaliser ce qui nous arrive.

B- réaliser ce qui nous arrive

Il y a la géographie physique et la géographie humaine, c’est à dire les établissements des hommes dans cette géographie physique. De l’invention de la parole à aujourd’hui nous nous sommes rassemblés dans des villages, des villes de plus en plus concentrés jusqu’à devenir l’espèce dominante, jusqu’à oublier que notre nourriture ne pousse pas dans les supermarchés, jusqu’à épuiser les ressources fossiles et naturelles de la terre, jusqu’à émettre ce déchet plus dangereux que tous les autres, les gaz à effet de serre.

Force est de constater que nous faisons système avec la terre et la biomasse, virus inclus. Nous sommes de la biomasse. Notre métabolisme est attaché à celui de la terre et de la biomasse. Ce constat n’est pas une généralité.

Territoire par territoire, ce métabolisme est on ne peut plus concret ; loin d’être une image médicale il est matérialisé par les productions et les consommations locales, les flux de personnes de marchandises, de connaissances et d’argent qui entrent et sortent de ce territoire ; ceux-là même qui produisent les gaz à effet de serre,  ceux là même qu’il nous faut réduire de 80% à l’horizon 2030.

A l’échelle métropolitaine, ce métabolisme prédateur de la terre, suicidaire pour l’humanité prend une dimension internationale. La campagne qui nourrit la ville comme les énergies fossiles et les ressources minières sont exploitées sur toute la planète pour acheminer leurs produits vers les métropoles, consommées et transformées en déchets, rejetés. C’est ce métabolisme qu’il s’agit de changer pour réduire nos émissions, sur des territoires structurés de longue date.

C- Réduire de 80 % nos émissions d’ici à 2030 :

Génération après génération, dans les campagnes et dans les villes nous avons aménagé la géographie physique à coup d’infrastructures de déplacement des personnes et des marchandises. Ports, routes, ponts, tunnels, chemin de fer, aéroports et leurs escales. Nous avons aménagé les territoires pour les rendre plus productifs ou plus agréables à vivre.

A la force de l’homme et de l’animal puis à coup d’énergies fossiles depuis le début de la révolution industrielle, massivement depuis les années 50, le travail accumulé est gigantesque. Les énergies fossiles consommées et les GES émis colossaux.

Au quotidien, les métropoles internationales vont chercher leurs ressources bien au delà de leur périmètre de gestion. A vrai dire partout sur la planète, dans un très large rayon qui se compte en centaines de kilomètres pour leurs seuls besoins récurrents, l’eau, la nourriture en particulier. Les énergies fossiles consommées et les GES émis sont colossaux, à proportion de la population mondiale.

Les métropoles internationales fonctionnent comme une pompe absorbante et refoulante qui grossirait chaque jour, à proportion de la population mondiale. Il a fallu de l’énergie pour construire cette pompe, il faut un peu plus d’’énergie pour la faire grossir chaque année et beaucoup pour l’alimenter. Les émissions quotidiennes de GES sont en conséquence.

Le stock de GES ainsi alimenté jour après jour et reste un siècle dans l’atmosphère, disparaît très lentement : les émissions de 1919 sont ridicules comparées à celles de 2019.

Conséquence, dans le temps qui reste, une dizaine d’années, le neuf n’est plus un enjeu. En France le neuf pèse 1% du stock. Dans les pays à fort développement le neuf atterri sur des territoires structurés, plutôt mal que bien en regard du nouveau métabolisme nécessaire. L’écoquartier, le bâtiment neuf, l’infrastructure nouvelle ne sont plus un enjeu. Ils ne permettront pas de fermer le robinet des émissions à temps.

Ce qui ne veut pas dire ne rien construire. La population mondiale augmente, les mal logés sont innombrables. Mais ce que l’on doit construire doit stocker du C02 dans des écomatériaux et non en émettre. Ce n’est pas ce que nous faisons. Mieux encore, le neuf peut être organisé pour faire levier sur son territoire d’accueil, accélérer le changement de son métabolisme. Ce changement radical est nécessaire, il ne suffira pas ;

Dans le temps qui reste, nous ne pouvons pas faire autre chose que changer le métabolisme de nos territoires, bien au delà du neuf, à infrastructures, aménagements et bâtis quasi constants.

D- Trois obstacles et un chemin :

Sommes nous sur la voie ? A l’évidence, non.

Pourtant, chaque personne et la dizaine de décisions qu’elle prend chaque jour, chaque kg de marchandises produit, transporté, consommé, chaque grain de connaissance, masqué (comme le PIB), barré par des brevets, ou en libre disposition, chaque dollar dépensé ici plutôt que là, composent notre métabolisme territorial.

Pourtant, chaque décision publique ou privée, d’investissement ou de fonctionnement qui structure nos territoires, en barre l’avenir ou ouvre des possibilités, change notre métabolisme territorial.

Les territoires ne sont pour autant pas tous égaux : les métropoles internationales vont chercher leurs ressources bien au delà de leur périmètre de gestion. Très au delà de cette distance, la satisfaction des besoins des métropoles internationales par le seul marché détermine les productions et les rejets sur pratiquement tous les territoires, avec leur complicité. La production de viande rouge demande du soja qui fait brûler la forêt amazonienne. L’asymétrie territoriale est flagrante.

Pourtant, il est inutile d’aller chercher les responsabilités ailleurs qu’en nous même, la classe moyenne et supérieure mondiale : nous sommes responsables du métabolisme de nos territoires. Et pour cause, c’est nous qui le déterminons, c’est nous qui le produisons.

Nous ne faisons pas ce qu’il faut pour autant.

Pourquoi ?

25 COP et les politiques nationales ont démontré que cet objectif de réduction de 80% de  nos émissions est impossible à atteindre par cette seule voie top down. Nécessaire, elle n’est pas suffisante.

Car nous nous heurtons collectivement à trois obstacles :

– Les commanditaires des lobbies de l’économie fossile : 100 000 milliards de dollars de capitalisation selon Oxfam, prêts à tout pour conserver leur richesse.

– Nous même : écarter la menace climatique exige de changer nos modes de vie. Ce que nous ne nous laisserons pas imposer par le haut.

– Les gouvernants : ils sont pris entre les lobbies qui font pression, les corrompent voire qu’ils représentent et nous, leurs électeurs auxquels ils redoutent de déplaire, à fortiori dont ils n’imaginent même pas de les obliger à changer leur mode de vie. Ce n’est pas une question de démocratie : la situation est identique dans les régimes autoritaires.

A mode d’organisation constante, il y a toutefois une brèche :

Le C40, cette organisation des principales métropoles mondiales a montré que les lobbies et leurs commanditaires ne peuvent pas tout. La maire de Paris n’a pas pris par hasard la présidence de cette association à l’issue de la COP de Paris, en 2015 : les lobbies peuvent investir des gouvernements, pas des élus de métropoles, très nombreux, proches, tous proches de la vie quotidienne de leurs électeurs ; même si le lobbie du diesel n’a pas manqué de menacer la maire de Paris lorsqu‘elle a annoncé l’interdiction du diesel en 2023.

Aux dernières nouvelles, 94 métropoles de 46 pays font partie du C40.

Cette brèche apparaît néanmoins insuffisante. Au plus, ces métropoles rassemblent un quart des 2 milliards de personnes de la classe moyenne et supérieure mondiale, les 2 milliards qui émettent 80 % des GES. Et les faits sont têtus ; il reste moins de 10 ans avant de déclencher les 2°C de réchauffement.

Nous avons donc un double problème de mode d’action et de rapidité d’action.

Ce qui conduit à ce constat :

Nous n’écarterons pas la menace climatique dans les moins de 10 ans qui restent sans actions locales efficaces, massives, réparties sur tous les territoires urbains et ruraux, articulées avec les injonctions nationales.

Et ce chemin n’a pas été emprunté à ce jour : force est de constater, à l’usage que nos politiques publiques continuent d’ignorer les initiatives et les forces vives sur le terrain, refusent d’en promouvoir les projets efficaces, d’y concourir et d’organiser leur reproduction.

Il nous revient donc de « penser local pour agir global », de nous même, avec nos représentants locaux, ça urge. Et voter au plan local et au plan national en conséquence, quelles que soient nos opinions politiques.

A l’autre bout de cet état des lieux, il y a les possibles, la maitrise de notre destin, autant que faire se peut. Ce n’est pas la première fois que des générations se trouvent dans cette situation. Il y a 60 ans, une démarche a été inventée, démarche  que l’on peut qualifier d’utopie réalisatrice. Elle a fait ses preuves sur un territoire que l’on appelle aujourd’hui métropolitain, la région de Paris. Les premières marches de cette démarche, rôdées par la confrontation au réel ont été encapsulées et transportées sur d’autres territoires, sous forme d’ateliers ; 80 fois.

Atelier après atelier, lieu après lieu, hors toutes considérations politiques, administratives, financières, institutionnelles, nous avons établi les conditions de la créativité des participantś à ces ateliers, dans la liberté d’expression, la fécondation mutuelle, la confrontation des points de vue, la mise à l’écart des dogmes, pour, autant que faire se peut, refaire le monde, ouvrir en tous cas des futurs possibles.

C’est le plus ambitieux d’entre eux que je vais maintenant vous présenter dans cette deuxième séquence.

II- Démarches :

Quelle vie dans les métropoles au XXIème siècle ?

La vie dans les métropoles au XXIème siècle est un sujet ambitieux qui pose la question de la vision de la métropole où nous voulons vivre.

Je cite Bertrand Warnier qui a voulu ce sujet : « Tout bouge,-l’agriculture, le travail, le numérique… et tout se dérègle,-le climat en premier lieu-. La métropole parisienne est à l’orée de grands changements mais ne semble pas être munie d’une visionprécise, alors que l’histoire a montré que celles-ci inscrivent durablement leur marque dans le territoire : Paris et les espaces verts d’Alphand au XIXème siècle, les métropoles d’équilibres et les villes nouvelles au XXème ».

Cet atelier ambitieux nous a demandé 2 ans de préparation d’une centaine d’experts : 2 séminaires et quatre soirées métropolitaines puis un mois de travail de 21 jeunes professionnels de 13 nationalités différentes.

Alors, quelle vision de « la vie dans les métropoles au XXIème siècle ? »

A- Constats et questionnements :

Le séminaire de lancement fin septembre 2017 a permis de poser le sujet, il a surtout mis en évidence la contradiction entre le gigantisme des métropoles et le désir de proximité de ceux qui les habitent.

La première soirée, « les métropoles face au défi climatique », a pointé la contradiction entre l’urgence climatique et l’insouciance de la classe moyenne et supérieure mondiale, celle qui gagne plus de 8 euros par jour et par personne. Faites vos calculs. 2 milliards de personnes qui émettent 80% des gaz à effet de serre. En clair, nous sommes le problème, nous sommes la solution. Les solutions existent : Copenhague zéro carbone en 2025, Paris zéro carbone en 2050 qui a été voté en 2018, le photovoltaïque moins cher que le nucléaire, ce n’est pas rien dans le ciel de France, un récit mobilisateur comme celui inspiré de la fresque du bon gouvernement de Sienne ou la preuve par neuf : « ces maires qui changent tout ». M Rivat.

La deuxième soirée « habiter-travailler-mobilités », a égrenée nomadisme et télétravail, les communautés et la mort annoncée par certains du salariat ; elle a pointé les écarts entre promesses et réalité des modes de vie de la smart city ; un écart qui va jusqu’à « l’épuisement des corps et des esprits », dans une métropole que voudraient fuir 80% des cadres interrogés en Île de France. Le travail est maître de la vie alors, on se résout à une, des métropoles barbares ?

La troisième soirée « le numérique fin en soi ou moyen ? »s’ouvre sur la captation de la donnée par des stratèges internationaux fortunés, captation, c’est un euphémisme, qui fait passer d’une logique offre-demande à celle des usages. La réalité de l’usage c’est que ce n’est plus l’élu qui décide. Et la vie privée est volée. Et de citer trois principes directeurs pour reprendre la main sur l’espace public mais aussi sur nos biens communs et notre vie privée, dans la démocratie: trois principes directeurs : gouvernance, souveraineté et inclusion.

La quatrième « l’attractivité économique et culturelle » énonce trois leviers : l’innovation, les compétences et l’ouverture sur l’extérieur-, selon trois modèles : équipements lourds type Bilbao, quartier des musées type Montréal ou dynamisme individuel des acteurs type Détroit. On y constate que la culture crée plus d’emplois que l’automobile puis que nous sommes passés de l’accès aux œuvres au droit à la culture comme l’ensemble des valeurs, des croyances, des institutions et des modes de vie, par lesquels un peuple cherche significations et développement. » Charte des droits de l’homme et du citoyen dixit

La culture comme arme de domination des dominants ou de libération des dominés est bien au centre de la question métropolitaine. Et on ne sort pas de revolver.

Dans ce brouhaha de constats, le deuxième séminaire trace des éclairs de lumière : la grande échelle comme celle des grands lacs et de bien d’autres bassins fluviaux de par le monde comme levier de prise en main de la transition, l’économie circulaire qui change le métabolisme des territoires, métabolisme entendu comme les productions et les consommations locales, les flux entrants et sortants de personnes, de marchandises, de connaissances et d’argent. Et ce troisième éclair : l’emploi des temps comme facteur d’aménagement urbain et rural, avec ce constat scandaleux de la métropole de Strasbourg : les enquêtés préfèrent la tranquillité à l’animation de la ville et sont prêts aux trajets domicile travail pour cela. 8 questions en ressortent, elles valent d’être énoncées :

A quelle hauteur de vue devons nous réfléchir ?

Comment éviter l’extension infinie des métropoles ?

Le travail est maître du jeu : comment y aller ?

Le temps manque, comment aller vers des métropoles post carbone ?

Le numérique est-il une fin en soi ou un moyen ?

Attractivité économique et culturelle : la concentration de richesse joue-t-elle contre le bien être ?

Comment construire le nouveau rêve urbain ?

 Faut-il changer le statut du foncier ?

C’est la premièrequestion, majeure, « à quelle hauteur de vue devons nous penser ? »qui nous a amené à réduire les 8 questions à 2 couples, à destination des participants.

Le premier couple porte sur le gigantisme et les mobilités qui vont avec; avec ce constat : la moitié des actifs en île de France font moins d’une demi heure de transport par jour et ont droit à la semaine de 35 h, la moitié. L’autre moitié, surcroit de temps de trajets compris, n’à droit qu’à la semaine de 41 H. Cela donne à réfléchir.

Le second couple de questions porte sur le grand paysage et la transition entre laisser-faire, cancéreux et bien vivre, autrement. Ce qui a-t-on constaté, change nos modes de vie, pas notre niveau de vie, comme l’indique le schéma ci-dessus.

A leur arrivée, les participants commencent par 7 visites de terrain. Elles leur permettront de vivre, un peu, la métropole avec leurs regards et leurs pieds. Autant de coupes en travers dans la métropole. On ne maitrise pas son destin en ignorant les réalités.

De la place la république à Bobigny et Saint Denis, via la Villette, le canal de l’Ourcq à pied puis le tramway : gentrification, bobos, sdf et immigrés.

De Massy à la défense via le plateau de Saclay et Versailles : gares, recherche française puis tours de folies via un lieu d’histoire, bien habité, Versailles.

De Vendôme à Blois, le grand bassin parisien. Une ville « jamais vue ailleurs que dans mes jeux vidéos » pour l’un des participants et la très riche école des paysages du bassin de la Loire, bien réelle.

Marne la vallée, de la ville à la campagne : banlieue proche, ville neuve, Disney et villages. Un concentré d’enjeux urbains et ruraux à la solution organisée.

De Cergy au Havre, le port de Paris, une vallée agricole et industrielle. Prête à renaitre mais sans œil du maitre.

La Bassée, trésor de biodiversité, campagne et ZUP délirante sur un plateau qu’une série de maires, 50 ans durant, n’ont pu ramener à la raison. « Un enjeu de périphérie prise comme servante qui ne veut plus se laisser faire ». Président de l’intercommunalité dixit.

Et une dernière visite, non des moindres, celle des institutionnels que nous sommes ou avons été, à la Sorbonne et à Bercy. En fin de session, elle a suscité cette réaction à voix haute d’un participant : « ben c’est pas comme ça qu’on va s’en sortir ».

B- Productions et Jury :

Le principal message adressé par les participants sur la vie dans les métropoles au XXIème siècle ? Nous n’avons pas été déçus, il est rude : « Vous n’êtes pas à la hauteur des enjeux».

Food and the cities :

La nourriture est ce qui nous permet de vivre. « Chaque million de bouches supplémentaires en Île de France, c’est plus d’insécurité alimentaire. Chaque degré de réchauffement, moins de rendement agricole ». Effet de ciseau. Les agriculteurs n’ont pas vocation à nous empoisonner. Une nourriture saine, de proximité, sous contrôle, est de nature à régler plusieurs enjeux : santé, proximité, transition, stabilité économique, création d’emplois, rééquilibrage ville-campagne, centre-périphéries.

Une nourriture saine suppose de sortir du cadre en ouvrant la gouvernance des évolutions à 6 critères de choix, maîtrise de l’usage des sols incluse, pour distinguer la propriété de l’usage. Sans cahier des charges du propriétaire, public, il y a peu de chances que l’usage aille dans le sens voulu.

Mais il nous faut aussi changer nos habitudes de consommation de viandes avec cette estimation simple : les 40 000 hectares du PNR du Vexin peuvent nourrir 1,5 millions d’habitants ou produire de la viande pour 40 000 habitants. 37 hectares de céréales pour produire autant de calories viande qu’un hectare de végétal, 250 g de viande aujourd’hui par jour et par personne pour 50 g utile, le compte y est. Ce qui touche nos modes de vie.

Seeds :

 

« L’avenir est annulé ». On ne peut faire plus laconique.« Nos modes de vie ne seront pas changés par en haut ». Les changements doivent venir de nous. En connectant les diversités, par des interventions modestes, ascendantes, des graines qui fassent forêt comme ce festival indien, métaphore de leur proposition ; festival local à sa création, il est aujourd’hui une manifestation pluri-religieuse de millions de personnes qui a franchi les frontières de l’Etat où il est né.

Comment ? En semant beaucoup de petites initiatives plutôt que peu de grands projets, pour enseigner ce que chacun sait aux autres, apprendre l’entreprenariat à la population, fournir des aides notamment financières, à la création d’entreprises, partager les connaissances et les compétences.

Et pour semer trouver des failles où planter des graines, en général les délaissés des changements métropolitains. La gare historique de Vendôme ou l’insécurité à Saint Denis. Puis pour enfouir les graines, réunir, unifier, prendre soin, fonder, augmenter.

Times révolution :

 

 La métropole est invivable. Nous n’avons que 24 heures par jour. « Et si au lieu de courir après le travail, c’était le travail qui suivait l’individu? »

Changer les rythmes des vies suppose de changer les territoires et leurs modes de fonctionnement. En organisant des communautés à 20 mn de distance, dans un rayon de 3km autour d’une gare où vivent 93% des franciliens. En commençant par la création massive de tiers lieux autour de ces gares, pour ceux dont le travail n’est pas forcément présentiel.

A 6h de travail et 8h de sommeil par jour, leur mini enquête conduit à poser la question : on fait quoi des 9h qui restent ? Jardinage, cuisine, agriculture urbaine, loisirs, culture, vie sociale, services civiques, sport… Le temps rendu disponible permet l’investissement local.

Micropolis :

La plus radicale des propositions pose cette question : « peut-on vivre sans Paris ? »Paris est plus dépendant de sa périphérie que l’inverse. L’hypercentre cerveau et la périphérie servante sont dans l’impasse : ce modèle métropolitain est dépassé. Et si une seule métropole se changeait en un réseau de petites métropoles ?

Economie locale, changement climatique et inégalités, les initiatives ne manquent pas aujourd’hui mais ne se connaissent pas, ne se nourrissent pas mutuellement.

D’où la Micropolis proposée qui profite des mêmes aménités que le centre. Comment ? D’abord par une nouvelle gouvernance aux limites redessinées par la géographie physique et les paysages: gérée par une communauté de citoyens qui utilisent ses ressources territoriales spécifiques avec un soutien financier des institutions. Le relief et l’eau en sont les structures premières.

Une grille de 8 indicateurs pointe et mesure la création de valeur. L’organisation métropolitaine la contrôle et la diffuse ; elle appuie la transformation vers des territoires locaux et connectés, attractifs, où l’on vit bien. Deux territoires et 3 outils sont proposés à titre d’exemple.

Gouzengray, village de 70 habitants y est un cluster international de la moutarde  qualité.

Le Jury :

La vision radicale du monde de ces jeunes bouscule : le jury que nous sommes d’abord, dans ses responsabilités, ses compétences, ses modes de vie. Il n’est pas le seul : décideurs, concepteurs et habitants le sont aussi.

Unanimement surpris par la convergence de propos de participants venant des 4 coins de la planète, le jury a été tantôt séduit, tantôt critique, toujours piqué au vif.

Séduits : un souffle d’air frais dans la réflexion enkystée des métropoles

Critiques : les solutions alternatives proposées sous-estiment les opportunités métropolitaines. Avec cette question : Les modèles proposés sont-ils additifs ou substitutifs?

Eux et nous : (Pour eux) la prise en compte du développement durable n’est pas une interrogation : il est acté. Dans toutes les cultures, ils n’attendent rien des gouvernants mais d’acteurs citoyens pour agir.

Nous tous, demain: Allons nous réfléchir à nos territoires de la même manière demain?

Les échanges :

Certaines de ces visions existent déjà, dit le jury ; elles sont mises en oeuvre ici ou là, tant en entreprise que dans la vie locale,

Alors pourquoi n’allons nous pas aujourd’hui, plus vite et plus loin se sont-ils entendus dire ?

Le terrain dégagé par l’action locale pourrait préparer un lit douillet aux Gafam…. à moins que la prise de conscience de ce qui doit rester, le libre arbitre, ne reprenne le dessus.

Comment si ce n’est en repartant des êtres humains? 
répondent-ils.

Considérer le local comme seul moteur de transformation de la société, hors toute intervention de l’action publique serait dangereux, en ce qu’il peut être favorable au progrès des populismes.

A l’inverse, si le mécontentement et la défiance de nos contemporains vis à vis de l’action collective ne sont pas entendus, le risque est tout aussi patent. (Noté fin septembre, un mois avant les gilets jaunes).

Les actions modestes proposées sont précisément à portée de chacun tandis que les modèles proposés, ne sont ni additifs ni substitutifs mais de transition, posent-ils.

A la dernière question du jury : “Comment allez vous faire ?” La réponse du dernier interpellé claque :

« Nous avons besoin de vous tous pour répondre à cette question. »

Au terme de cet atelier, ce n’est pas seulement une vision de la vie que ces jeunes professionnels souhaitent mais un destin collectif qui se joue, celui de nos civilisations, et avec elles celui de la plupart des êtres humains qui ont amenées ces civilisations jusque là. Nous.

Télécharger le document complet de l’atelier : https://www.ateliers.org/media/workshop/documents/synth%C3%A8ses_2018_web.pdf

C-Post atelier : le 40éme congrès des agences d’urbanisme françaises

Ce post atelier a fait travailler 4 groupes autour de territoires au périmètre flou, composé d’une grande ville du bassin parisien et le parc naturel régional voisin : Reims, Troyes, Cergy-Pontoise et Rouen. Sur le mode « the river Seine as a Park system ».

 

Note d’enjeux, extrait :

 

Changer le métabolisme de ce territoire a un horizon, celui du franchissement du seuil de déclenchement des 2°C. A lire les rapports des scientifiques du climat, ce seuil est atteint à deux mandats municipaux d’ici. Diminuer d’ici là nos émissions d’un tiers repousserait le seuil d’une petite dizaine d’années ; précieuses.

Autant dire que le temps des grands projets est passé. (…)

A vue d’homme, cette utopie là a une caractéristique : elle a une obligation de résultat, dans le temps qui reste.

Techniquement, travailler quatre champs d’action peut en faire une utopie réaliste : la nourriture, les déplacements, les bâtiments, la production d’énergie. Avec cette évidence : la nourriture, les éco matériaux, les éco énergies poussent à la campagne et sont consommés en ville. Mieux, ils peuvent stocker du carbone plutôt qu’en émettre.

Il y faut une boussole, un objectif zéro émissions carbone, comme Copenhague est en train de l’atteindre et Paris l’a programmé ; et un compteur de vitesse, l’empreinte carbone du territoire. Ce tableur en permet un calcul approché, gratuitement, de la commune à la région : http://agirlocal.org/kit-transition-locale/

Nous avons là un levier majeur pour faire bouger nos territoires et ceux qui y vivent, changer le rapport ville-campagne, construire une géographie humaine en harmonie avec la géographie physique et avec le reste du vivant.

Au pied de ce mur, quels seraient les apports irremplaçables de chacun des territoires qui la compose? En quoi auraient-ils des démarches communes, reliées par les vents d’ouest et le fil de l’eau ? Comment les amener à communiquer leurs chemins de transition, échanger les meilleures pratiques, booster les solutions ?

Projet de restitution de l’atelier « Troyes d’Orient », extrait :

L’idée d’habiter une mégalopole vivable, installée dans un parc est on ne peut plus séduisante.

Sa dimension y devient un atout et non un repoussoir à trajets. Qui n’aimerait pas vivre dans un parc arboré traversé par la magie de l’eau tout en bénéficiant des aménités de la ville habitée ou proche ?

Le bassin de la Seine de sa source au Havre en offre l’opportunité à l’échelle de 20 millions d’habitants ; Moyennant une transition qui remet dans le droit chemin les égarements générateurs de crises à répétitions : écologiques, économiques, sociales, financières.

Comment ?

 (…)

Entre Troyes et le territoire alentour, avec les autres territoires du bassin de la Seine, il y matière à travailler ce changement de métabolisme territorial (…)

Concrètement, il s’agit de changer la géographie humaine, les pratiques pour rétablir les ressources naturelles et en tirer parti autrement :

Planter des haies, des arbres sur le plateau désert, dans une approche paysagère et agronomique est de nature à faire revenir l’eau ; produire des écomatériaux comme le chanvre sur le plateau ou le bambou en vallée est de nature à développer l’emploi local, dépolluer les nitrates, réduire et stocker les émissions de gaz à effet de serre avec pour débouché la métropole sequanienne et ses 20 million d’habitants;

Il en est de même de la production de nourriture en mode permaculture moyennant plantations ou d’écoénergies comme le bio méthane, moyennant le retour d’un peu d’élevage nourri au sorgo produit localement plutôt qu’au soja importé du Brésil déforestateur.

Faut-il aller jusqu’à une gestion alternative du foncier pour ce faire? Elle touche, si ce n’est à la question du droit de propriété,  au moins à la question du droit d’usage. Délicat mais en termes crus cela revient à la question : êtes vous hostiles au développement de l’emploi et du bien être sur vos territoires ?

Plus faciles à résoudre, les autres problèmes posés trouvent des solutions à des échelles géographiques variables : ils impliquent des communautés de projet (…)

Et une irrigation des territoires par des mobilités réinventées, une structuration des aménités en conséquence.

La fabrique urbaine et rurale de l’économie circulaire en dépend. Avec une obligation de résultat (…)

III-Penser local pour agir global

Sortir du cadre est un grand classique de la résolution de problèmes insolubles. A un moment, il faut y ré-entrer, dûment armé des concepts acquis et développer l’action ;

C’est l’objet de la troisième séquence : solutions, pragmatiques.

Faire l’état des lieux, poser les problèmes, outiller leur formulation et leur mode de résolution, trouver un chemin, cela ne s’invente pas à coup de punchline encore moins de twitts. Einstein disait : le génie c’est 99% de travail et 1% d’intuition.

Il disait aussi : évitez les gens négatifs, pour toute solution, ils ont un problème.

Exemple de progression de l’état des lieux au chemin des solutions : elle commence par une question : qui sait comment est calculé le PIB ? Celui qui vaut indicateur de croissance ou de décroissance ?

C’est la somme des valeurs ajoutées des entreprises privées et des coûts des services publics.

Un accident de la route fait croitre le PIB : ambulance, hôpital, garagiste, assureurs, plus si les passagers en sortent handicapés. Le Round up de Monsanto aussi : cancers, stérilisation des sols, graines OGM, recherche, publicité, communication, lobbies. Un ouragan est tout en croissance : bâtiments, travaux publics, victimes… Le changement climatique va rendre les ouragans plus violents. Quant aux pollutions du charbon et du diesel, un vrai bonheur. Dépenses de santé, avocats, logiciels truqués, toute une industrie.

Il m’est venu à l’idée cette proposition simple : soustraire du PIB tout ce qui est nuisible et se servir du résultat comme indicateur de croissance de bien être. Je vous propose d’outiller la formulation de ce problème en prenant pour sujet le PIB de la France.

Cela renvoie à un travail sur la monnaie mais le chemin en vaut la peine. Non résolu donc.

Je vous avais promis des solutions ;

Pour faire synthétique, ce court texte daté du 26 mai ramasse l’essentiel de 20 ans de travaux de plusieurs milliers d’acteurs locaux : état des lieux,  chemin et solutions.

Sortie de crises

 

Selon les rapports du GIEC, il reste deux mandats municipaux avant le déclenchement des 2°C de réchauffement de l’atmosphère.

Ecarter la menace climatique exige de changer nos modes de vie. Ce que nous ne nous laisserons pas imposer par le haut.

Economiser du CO2 développe pouvoir d’achat, bien-être et emploi ; ce qui ne devrait pas être politiquement dissuasif ; et permet d’investir dans le renouvelable, le bien-être, diriger la création monétaire sur l’économie réelle et non la spéculation.

25 COP et les politiques nationales ont démontré que ce programme est impossible à mettre en œuvre sans actions locales efficaces, massives, articulées avec les injonctions nationales.

Proposition : penser local pour agir global. Une cinquantaine de projets locaux, massivement reproductibles, dans 4 champs à portée de décision locale- nourriture, déplacements, bâtiments, énergies renouvelables- peuvent réduire de 80% nos émissions de CO2e.

L’appel ci-après aux candidats-maires résume leur mode de déclenchement (15 lignes): http://agirlocal.org/tetes-de-listes-20200302/

Ce document détaille des solutions : projets démonstrateurs et un mode d’invention d’autres : https://bit.ly/395wCRp.

Il contient un kit transition : http://agirlocal.org/kit-transition-locale/

Un ppt de lancement grand public, et un tableur gratuit de calcul de l’empreinte carbone à la commune que je vous suggère de transposer sur les Etats-Unis.

Vidéo de présentation de 2 minutes:

http://agirlocal.org//wp-content/uploads/sites/15685/2020/02/tutoriel-20200213-89-Mo.mov

Il propose cet indicateur simple : la tonne de CO2 économisée à l’euro dépensé ;

et deux outils, nécessaires :

-Une ingénierie publique, tiers de confiance, pour franchir les falaises techniques, financières et institutionnelles que rencontre tout projet local.

-Une vitrine à projet pour reproduire, adapter les projets démonstrateurs.

Dans cette crise sanitaire, nous avons construit une usine citoyenne : 600 bénévoles sur 10 communes, ont produit 40 000 masques AFNOR avant le déconfinement ; répliquée l’usine en aurait produit 13 millions. Plus si les pouvoirs publics avaient répondu présent, ils ne l’ont pas fait.

L’articulation citoyens-élus-Etat est un enjeu vital de la présidentielle. http://agirlocal.org/5-decisions-a-prendre/

Elle crée une nouvelle forme de démocratie par l’engagement citoyen dans les projets locaux. Argumentaire détaillé : http://agirlocal.org/france-dapres/

Extrait de la conclusion en forme de chemin :  (…)

Habitants,le changement climatique ne peut être écarté qu’en changeant nos modes de vie. Nous ne nous laisserons pas imposer par le haut un changement de nos modes de vie [1].En nous engageant dans des projets, si.

Entrepreneurs,l’industrie fossile ne se rendra pas sans que son marché dépérisse, ses actifs se dévalorisent par des choix citoyens -au jour le jour sur leurs achats ou plus ciblés sur les projets- ou/et par la contrainte réglementaire. La transition va devoir continuer à se développer en présence de prédateurs, organisés.

A contrario, les industries qui ont intérêt à la transition pour se développer ou pour ne pas se retrouver hors marché, sont déterminantes. L’entreprise de mission laisse entrevoir une toute autre perspective que celle des prédateurs.

Elus,nous avons besoin de toutes les échelles de territoire et tous nos élus ; les communes à l’évidence comme l’a montré en positif l’usine citoyenne de fabrication de masques, en négatif toutes les autres échelles de territoire. L’existence d’intercommunalités a le mérite de rétablir un minimum d’ingénierie territoriale sur tout le territoire national. Nécessaire, visiblement pas suffisant, à vision politique constante.

Sauf exception -le Loiret, Lille pour évoquer deux cas connus de notre collectif95- la majorité des élus n’a guère su faire autre chose en matière de masques que de se jeter exclusivement sur les commandes avec l’argent public dans le chacun pour soi ou attendre que les pouvoirs publics (les autres) fassent le nécessaire.

C’est donc élection après élection, territoire après territoire, que l’on peut imaginer des formes d’organisation qui construisent l’ingénierie publique tiers de confiance et la vitrine à projet. Ici dans un département, là dans une région, ailleurs dans une intercommunalité en particulier lorsque le milieu est hostile à cette construction d’intelligence collective.

Cela demande une organisation souple et une activité citoyenne dans les communes, que leur maire soit engagé, réticent, hostile (de fait) ou pas.

Les partis politiques ont un rôle majeur de coopération à jouer pour peu qu’ils acceptent -paradoxalement- de travailler localement de façon transpolitique, c’est à dire à la façon dont travaillent les intercommunalités.

L’espace politique est en tous cas ouvert. (…)

Comme vous avez du le remarquer, ce chemin là, nous ne l’avons pas essayé.

                                                                                      

[1][1]Les citoyens peuvent-ils proposer des orientations contraires à leur intérêt immédiat ? Voir Jacques Testart « comment les citoyens peuvent décider du bien commun ». La piste qu’il a ouverte et travaillée en collectif est inexploitée.

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