Tiers de confiance

Prenons un pays à 6 étages de gouvernement, de la commune à l’Europe, au hasard, la France. Supposons que plus personne ne sache exactement qui fait quoi, qui est responsable de quoi.

Supposons que les citoyens ne sachent plus à qui se vouer, que les crises s’additionnent, sociales, environnementales, financières, économiques. Supposons que ces français se mettent à s’entredéchirer avec toute l’énergie dont ils sont capables, se désespèrent de ne pas trouver un responsable en face d’eux.

Y aurait-il une solution qui ne commence pas par « il faut supprimer, dégager etc… »

Y aurait-il un lieu où se retrouver, français et gouvernants, là où nous vivons c’est à dire là où nous pouvons en décider pour sortir de ce pétrin ?

Pas pour débattre et repartir chacun dans son coin, non, pour construire des projets ensembles, pragmatiquement, dans la durée : les 6 étages de gouvernants et les français.

Admettons que nous construisions ces lieux, mais pour faire quoi précisément ?

Supposons que la crise écologique, diabolique, surplombe toutes les autres, diabolique parce qu’elle se présente sous des dehors agréables ; que ne ferions nous pas pour un rayon de soleil ? Diabolique parce que meurtrière.

Alors, pourrait-on s’organiser pour construire des projets de transition, pour écarter la menace climatique et avec elle traiter les 3 autres crises ?

Il semble que oui.

Economiser du CO2 donne du pouvoir d’achat avec lequel on peut investir dans le renouvelable, le bien-être, diriger la création monétaire sur l’économie réelle plutôt que sur la finance casino (la création monétaire c’est la planche à billet ; dans sa version branchée le quantitative easing, ça fait tout de suite mieux). Avec cette redirection, nous pouvons réduire le risque de crise financière et créer de l’emploi, du qualifié et du pas qualifié, de la croissance de bien-être, durable. Et voir pousser tout ça sous nos yeux.

Cela semble mériter examen, par exemple à l’occasion d’un grand débat national.

Il y a une condition : augmenter notre intelligence collective qui est aujourd’hui du niveau d’un banc de moules à marée basse : les français (tous des incapables, je ne vais plus voter, je ne fais pas de politique) ? Le maire (il dit que cela devient ingérable) ? Le président de l’intercommunalité (c’est quoi?) ? Le président du conseil départemental (il n’est plus général ?) ? Le président du conseil régional (la petite ou la grande région ?) ? Le président de la république (il dit qu’il a besoin de nous)? Le président de l’Europe ? (ah non, il n’y en a pas vraiment).

Bon, il n’existe probablement pas de solution miraculeuse mais créer des organismes publics territoriaux, opérationnels, transverses aux 6 étages, tiers de confiance qui incarnent cette intelligence collective, peut contribuer à rétablir du lien, de la confiance, dans l’action menée ensembles ; pas avec des discours, mais bien avec des actes, au plus près du terrain. Pas seuls.

Car pour agir ensembles, nous avons besoins de gens qui savent, agissent en mode projet, soient capables d’aider les acteurs de terrain, les citoyens à monter leurs projets ensembles. Autrefois, sous une autre forme et à destination des seules communes cela s’appelait l’ingénierie publique. Les maires lui faisaient confiance.

Alors ?

« Un organisme public, tiers de confiance, est créé dans chaque département et intercommunalité de plus de 200 000 habitants. Il a pour mission d’aider les citoyens, les petites entreprises locales, les élus locaux à monter des projets opérationnels de leur initiative visant à réduire massivement les émissions de gaz à effet de serre. Il capitalise et diffuse les expériences réussies, met à disposition l’ensemble des éléments qui permettent leur reproduction, leur amélioration. »

Un peu coûteuse en emploi public, cette proposition suppose la création progressive de 150 agences, dont 100 départementales financées par l’Etat et les départements et 50 urbaines financées par les collectivités concernées et par l’Etat. La moitié des postes pourrait être occupés par des titulaires en place des collectivités, des directions territoriales de l’Etat et de l’Ademe ; bonne occasion de remettre de l’ordre dans une décision absurde : les ressources humaines de l’Etat d’un côté et l’argent de l’Etat à l’Ademe de l’autre, ou comment organiser les hostilités.

Concentrées sur les projets, le nombre d’agences est un atout car chacune peut se centrer sur tel ou tel type de projet issu de son territoire et diffuser aux autres ; ensembles elles peuvent pointer les trous dans la raquette et s’organiser pour les boucher collectivement.

Composées de professionnels venant de tous horizons et de toutes les structures, réunies par une mission motivante, chaque fois sous la direction d’un professionnel soigneusement choisi pour ses compétences, elles tractent les projets, aèrent les décisions, sous le regard des autres.

Ensembles, elles permettent une prise en main méthodique et industrielle du sujet, le contraire des politiques d’incitation qui se soldent par l’actuelle course aux guichets et le gâchis d’argent public saupoudré, faute de ce tiers professionnel de confiance, responsable global sur un territoire.

Vous pourriez dire ; un 7ème étage ? Surtout pas : une communauté de projets. En réseau, horizontal, chaque agence part du bilan carbone de chaque territoire, fournit par l’Insee, s’est doté de la panoplie d’actions qui produisent des économies d’argent en économisant du C02 et finance les projets avec le pacte fiance climat de Jouzel et Larrouturou. Voir les 4 propositions.

Ce qui permet aussi de monter des projets pour la puissance publique, ou à partir d’elle :

Exemple concret : l’efficacité énergétique des bâtiments de la puissance publique sur un territoire : mairies, écoles collèges, lycées, hôpitaux, Préfectures… Un même diagnostic, mené par les services respectifs dans un cadre commun, un plan d’action co-construit, dans la durée, créateur d’emplois locaux, un même appel à prestataires qualifiés pour mener à bien ce qui doit l’être et développer un vivier d’entreprises auxquels les particuliers puissent faire appel. Voir : http://agirlocal.org//wp-content/uploads/sites/15685/2016/02/20160625-fiche-action-collectivite%CC%81s-et-e%CC%81tablissements-publics.pdf

Autre exemple La précarité énergétique d’une veuve âgée dans son pavillon trop grand peut être réglée par la colocation à de jeunes étudiants, ce qui permet avec l’argent des loyers, de rénover thermiquement le pavillon ; une banque garanti la bonne fin de l’opération en cas de décès de la veuve. Le Crous, la SEM à énergie positive en Île de France, les prêts à taux zéro, sont là. Il manque le tiers de confiance pour finaliser le projet. Voir pages 55-60 de http://agirlocal.org//wp-content/uploads/sites/15685/2016/02/synthese_transition_2014_part_ii_-_web.pdf

Une démocratie dans l’action, qui ne revient ni sur la démocratie représentative, ni sur l’organisation des pouvoirs publics, non : qui fédère par projet, local. Une organisation qui met en mouvement 30 millions de ménages, 5 millions d’entrepreneurs, plusieurs centaines de milliers d’élus locaux ;

et qui laisse entière la responsabilité de nos gouvernants. Il y a bien d’autres matières à décider de nos biens communs qui ne peuvent l’être que par ceux que l’on a élu pour cela.

Articuler les initiatives de terrain et les décisions des gouvernants, n’est-ce pas une bonne question ?

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