Un feuilleton pour l’été : L’atelier « La vie dans les métropoles au XXIème siècle »

Au début, notre association s’appelait les ateliers d’été; et puis quand c’est l’été au nord de l’équateur, c’est l’hiver au sud. Alors nous nous appelons les Ateliers. Nous en avons fait 37 en Île-de-France ces 37 dernières années, 80 en tout, en comptant ceux que nous avons réalisés à l’international. Les ateliers, dits internationaux de maitrise d’oeuvre urbaine, ont pour caractéristique d’être force de proposition pour les décideurs.

Cette année, l’atelier francilien a pour sujet « la vie dans les métropoles au XXIème siècle ». C’est la préparation, exceptionnelle, de ce lieu de créativité, chaque fois renouvelé, que je vous invite à déguster, en forme de feuilleton d’été ; avec la distance qui sied au soleil, en prenant au vol vos réactions sur cette question, chaude, de la vie que nous voulons, en une douzaine d’épisodes.

Il nous a fallu en effet eux ans de travaux préparatoires pour labourer le terrain de cet atelier avant que deux douzaines jeunes professionnels de toutes les disciplines, venus des 4 coins du monde ne produisent en septembre prochain de bonnes questions aux bonnes échelles de territoire et des idées pour agir, présentées à un jury international.

Si nous continuons à fabriquer cette formule depuis 37 ans, atelier après atelier, c’est qu’elle a fait la démonstration de son efficacité : la plus décisive étant le changement de lieu de l’exposition universelle de Shangaï de 2010 depuis les terrains autour de l’aéroport à ceux du centre ville. D’autres projets en Île-de-France ont bénéficié, à leur émergence, des propositions de ces jeunes professionnels et des débats ainsi instaurés : Paris Saclay par exemple qui concentre le quart de la recherche française et le concours international d’idées d’urbanisme et de développement durable qui a lancé sa création dans la foulée de l’atelier. Plus loin dans le temps, l’arrêt de l’urbanisme de dalle, la création du quartier international d’Anfa au Maroc, ou la table des 22 maires de l’agglomération de Puebla… qui ne s’étaient jamais rencontrés.

Comme toujours, la préparation commence par la définition d’un sujet et d’un territoire ; et des débats musclés.

Episode 1, Chaud devant

En ce temps là, en ce temps très ancien, il y avait un établissement public d’aménagement de la ville nouvelle de Cergy-Pontoise. Son urbaniste en chef et deux autres y ont inventé les ateliers d’été, histoire de renouveler les idées de la fabrique de la ville. Particularité de l’urbaniste en chef : arrivé à l’institut d’aménagement et d’urbanisme peu avant Paul Delouvrier, Bertrand Warnier tient le cap de ce qui fait la valeur ajoutée des Ateliers depuis 37 ans : les sujets à enjeux et la méthode. En 2016, c’est lui qui a voulu le sujet « la vie dans les métropoles au XXIème siècle » pour l’atelier francilien 2018. Depuis, votre serviteur puis une jeune architecte sommes aussi devenus les pilotes de cet atelier, adossés à une équipe de salariés, financés à géométrie variable par nos partenaires publics et privés.

Pour comprendre ce que nous fabriquons, un dessin valant mieux qu’un long discours, le travail d’un atelier se situe sur les premières marches de l’escalier : à l’émergence d’un projet.

Sur ce fond et comme à son habitude, Bertrand dessine une première proposition de sujet et de territoire. Cette fois, il a la main lourde, comme le sujet qui est de poids : 11 pages de dessins commentés. Je complète d’un texte d’une page à destination de nos partenaires, pour cause de débats musclés : pour certains, penser à long terme ne sert à rien. Pour nous cela permet de mieux savoir ce que nous avons à faire demain matin. Nous sommes en avril 2017 ; il y va du choix du sujet de l’atelier 2018 ; Les 11+1 pages, dans leur jus : 20180723 Chaud devant

« La vie dans les métropoles au XXIème siècle »

Episode 2 : reprise de fond

Quelques échanges plus tard, sur proposition de notre comité d’orientation scientifique, le sujet de l’atelier est validé par la conseil d’administration de notre association. Et avec lui la réalisation d’un séminaire de lancement de cet ambitieux sujet, à organiser dans la foulée du jury de l’atelier 2017 qui avait pour sujet la ville inclusive.

Septembre 2017 : Bertrand a préparé pour l’occasion une première affiche pour l’atelier 2018 ; l’idée est de recruter les participants avant la fin de l’année 2017,-c’est inhabituel mais à la hauteur du sujet-, pour qu’ils puissent y travailler seuls ou par mails depuis là où ils vivent. Coupons court, cela ne se fera pas.

Mais le sujet est sur la table, à l’IAU, ce 25 septembre 2017, débattu toute une journée par une trentaine d’experts alimentés par une demi douzaine d’intervenants.

A l’introduction du séminaire, Bertrand précise :” tout bouge,-l’agriculture, le travail, le numérique…, de façon imprévisible mais continue et tout se dérègle,-le climat en premier lieu-. Et rajoute : la métropole parisienne est à l’orée de grands changements mais ne semble pas être munie d’une vision précise, alors que l’histoire a montré que celles-ci inscrivent durablement leur marque dans le territoire : Paris et les espaces verts d’Alphand au XIXème siècle, les métropoles d’équilibres et les villes nouvelles au XXème”.

Pour ma part, la vision à construire ne peut pas faire l’impasse sur le mur climatique qui surplombe la vie au XXIème siècle et conditionne tout le reste. Cette évidence est loin d’être partagée. Trois pages tentent d’enfoncer le clou. Elles concluent par: nous sommes la problème, nous sommes la solution;  une question est posée au séminaire  : qu’est-ce que ça change ?

Invités à penser à ce niveau, la vision à construire, les intervenants planchent sur trois thèmes : La métropole et ses habitants face au gigantisme/ le numérique, un défi pour l’intelligence collective / les métropoles face au défi climatique. Cette phase de l’atelier n’est qu’une entrée en matière. Le fruit qui en sort est vert mais prometteur. On y pointe la contradiction entre le désir de proximité et le gigantisme avec sa conséquence, la distance domicile-travail ; la contradiction aussi entre la recherche éperdue de profits des entreprises du numérique et la liberté, la vie privée de tout un chacun ; plus encore l’écart entre l’insouciance de la classe moyenne mondiale et le mur climatique, tout près, devant nous.

La professeur Chinoise nous fait découvrir Harbin, son froid polaire, le traitement de ses espaces publics et la façon de traiter la réduction des émissions de gaz à effet de serre. L’ex urbaniste en chef de l’agence SOM nous raconte comment il a rencontré les maires des villes des grands lacs de part et d’autre de la frontière USA-Canada autour de la ressource en eau et plus jusqu’à la création de l’Alliance des villes des Grands Lacs et du Saint Laurent qui partage désormais une plateforme d’expériences. Notre référent climat explique l’escalier de la conviction de la COP 21 et cite un chiffre : passé un pour mille convaincus, une politique publique emporte l’adhésion de la population. Il y aussi des contributions sur les prévisions démographiques de l’Île-de-France, la politique urbaine de Mexico, sur le rapport sur la smart city à l’Assemblée Nationale, l’intelligence collective et le numérique, les évolutions des modes de transport ; et des débats…

Les premiers ingrédients du pot au feu ne donnent pas encore tout leur goût mais ils sont plongés dans la marmite. La construction d’une vision est amorcée : Atelier La Vie – Synthese seminaire lancement – 2509

Dans les semaines qui suivent, lors de la fabrication de la deuxième affiche d’appel à candidatures, le contraste est saisissant entre l’ouverture des contributions et des débats de ce séminaire et l’ampleur des désaccords. L’essentiel pourtant est de préparer la matière dont disposeront les participants : contradictoire comme pour tous les ateliers, au plus près de ce qui pose questions, le contraire d’un brouet insipide. Le graphisme a été beaucoup travaillé : le bonhomme au pinceau a pris sa place.

Les textes de l’affiche reflèteront ces désaccords : un recto aux termes millimétrés et un verso fourre-tout. Mais l’essentiel est en place : l’appel à candidatures est lancé ce 7 novembre 2017 et nous allons bien organiser 4 soirées métropolitaines, pour enrichir nos visions,-contrastées-, de constats, de vécus, d’expériences, d’analyses et d’expériences opérationnelles : affiche v8

Episode 3 : sujets à contradictions

Nous avons désormais deux casseroles sur le feu : le document sujet et l’organisation de la première soirée métropolitaine que j’ai prise en charge. C’est la première fois que les ateliers organisent des soirées de ce type ; pour l’inventer, j’écris une note de proposition. Elle date bien nos ambitions et la méthode envisagée, à ce stade ; extrait :

« La soirée s’inscrit dans une suite de quatre, sur les thèmes « Habiter et travailler », «  attractivité des métropoles »,  « Numérique et modes de vie ». Le séminaire productif s’intercale au milieu. Il débouche sur une dizaine de questions, documentées, dans un 4 pages. Le document de contexte intègrera l’ensemble des questionnements des soirées et du séminaire.

Les soirées métropolitaines ont pour objectif d’enrichir l’atelier et les débats à partir des situations et des dires des experts des métropoles à l’international. Avec une identification des consensus et des désaccords par thème.

Quelle vie dans la métropole dans une vision internationale donc. La Question : vous êtes en responsabilité de la Région Capitale, vous faites quoi, a le mérite de mettre nos invités en situation.

Une diffusion internet temps réel est à planifier. Cet aspect est majeur dans la mesure où les participants ne pourront pas y assister.

Les participants sélectionnés au début 2018 et constitués en équipes pourront ainsi travailler le sujet en équipes multidisciplinaires, d’un bout du monde à l’autre, depuis là où ils vivent et croiser leurs réflexions avec celles menées par Les Ateliers avec des experts, des entreprises, des élus qui sont à la manœuvre, en France et ailleurs.

Ces après-midi donneront lieu à publication avec l’IAU ; et film si financement ».

Ce n’est pas un hasard si ces soirées sont à peine évoquées dans l’affiche d’appel à candidature : les désaccords persistent. Il nous faudra renvoyer la première soirée, prévue en novembre, à début février. Son récit sera pour le prochain épisode.

Le document sujet part, lui, d’un bon pied. Il a vocation à compiler des données, peu, donner une vue d’ensemble et surtout se centrer sur les questions qui se posent. A qui ? A ceux du territoire, aux acteurs qui y agissent et aux experts qui l’observent ; pour les renvoyer sur les participants, les intéresser à candidater puis à les traiter, s’ils sont retenus.

La région Île de France/ source DRIEA

La matière est abondante, trop ; comme toujours mais là, encore plus, avec un sujet d’une telle ampleur. La magie des ateliers tient à cette capacité à en dire trop sur un sujet, à faire entendre des avis contradictoires puis à laisser les participants s’en débrouiller pour faire des propositions pertinentes le moment venu ; comme dans la vraie vie, mais dans un temps très court.

Il nous faut néanmoins aller à l’essentiel, vu de notre fenêtre de pilotes, puis lorsque le texte est suffisamment avancé, le confronter à l’œil expert du comité d’orientation scientifique qui renvoie réactions, idées et questions aux rédacteurs.

Nous décidons de structurer le document avec le produit du séminaire de lancement et les thèmes des 4 soirées : un chapitre pour chacun, autour d’une question centrale :

-Le phénomène de métropolisation : un modèle porteur ou dépassé ?

-Métabolisme et menace climatique : que faire ? Comment ?

-Quelles nouvelles modalités du rapport habitat-travail

-Le numérique, fin en soi ou moyen ?

-L’attractivité économique et culturelle : pour qui, pour quoi ?

Et nous rajoutons un chapitre qui fait débat, au titre sans question:

-Les initiatives individuelles et collectives : un vivier d’innovation et une source d’inspiration pour les politiques publiques.

Le corps de ce chapitre dit une chose et son contraire : une attaque en règle contre la planification, une attaque en règle contre l’individualisme.

Il se solde par une question: comment articuler les politiques publiques, en responsabilité, avec les initiatives individuelles, foisonnantes ?

Et une ouverture sur 4 registres : Mais au delà de la raison ? L’imaginaire ? Les émotions ? Les désirs ?

Suivent trois questions commentées:

– Le titre de la première paraît considérer implicitement que l’attractivité de la métropole est une bonne chose :

Attractivité : comment conserver l’attractivité de la métropole ? Economiquement et socialement ?

Ce que dément le texte, aux questions très critiques.

– La seconde reprend en quelques questions les 5 scénarios dessinés dans le document qui a servi à choisir le sujet de l’atelier (cf épisode 1) :

Quels scénarios spatiaux pour demain ?

-La troisième pose la question du tri dans la masse des enjeux énoncés :

Quels enjeux cruciaux ?

Et fait une proposition de tri en revenant à la question centrale : comment vivrons-nous dans les métropoles du 21ème siècle ?

Le document conclue sur un lot de questions, trop. Mais il faut laisser tamiser tout cela.

Il termine en une page sur l’organisation de l’atelier.

C’est à peu près à ce moment là que nous rédigeons la page d’introduction : à partir du texte qui a servi à choisir le sujet (cf épisode 1), enrichi.

Après deux mois de travail, d’échanges et quelques péripéties le document sujet est publié début janvier : 19 pages, illustrées.

Episode 4 : tenue de soirée

Pendant que nous écrivons le document sujet à plusieurs mains, nous discutons en COS de la meilleure façon de monter les 4 soirées. A l’évidence, il faut pour chacune d’elle un chef de file, pris parmi les membres volontaires du COS. Nous l’appellerons référent : il ou elle en assure la bonne fin, avec le concours des autres experts de notre association. A ce référent de s’entourer et de décider ce qu’il faut quand il faut.

J’ai pris la première sur le défi climatique ; Marie-Marie, Directrice du Développement urbain à l’agglomération des territoires Vendômois, prend la seconde, sur habiter-travailler-mobilité ; Frédérique, Directrice de l’Enseignement et de l’International à l’Institut Mines-Télécom, le numérique ; et Laurent, directeur de projet à l’IAU-IdF, l’attractivité économique et culturelle.

Je tente le montage de cette tout première soirée avec Magali, directrice du développement durable de l’un de nos partenaires : Grand Paris Aménagement. Cet établissement public s’appelait jusqu’à il y a peu l’AFTRP, outil historique du schéma directeur de Delouvrier de 1965 au moment crucial de la maîtrise foncière.

La première note d’organisation connaitra 9 versions en un mois. Elle a le mérite de cadrer ce que nous attendons de ces soirées à travers l’organisation de la première.  V9 Note sur la soire-e me-tropolitaine du 8 février.

Nous calons cette première soirée sur 3 questions :

Le métabolisme urbain : comment réinventer au quotidien un métabolisme des villes et territoires existants plus sobre, plus inclusif, intégrant les exigences de conforts ?

La ville flexible : une ville qui s’adapte à la vitesse nécessaire à un contexte incertain, mouvant : comment rendre la ville flexible, adaptable aux flux de population ?

La transition écologique et sociale : peut-on traiter la transition et l’inclusion, l’un par l’autre ? Avec quelle traduction urbaine et rurale ? Quelle articulation du bottom up et du top down ?

Pour clore les débats, la note sur le choix d’experts de cette première soirée sur « les métropoles face au défi climatique, datée du 27 novembre, dresse un état des lieux. Les questions et plus encore le choix du type d’intervenants ont été pour le moins discutés.

Le produit de sortie attendu de la soirée y est énoncé ainsi :

« Un enrichissement par ce que les intervenants apportent sur le volet sociétal, professionnel ou social dans leurs interventions initiales : des faits qui ne s’admettent pas (consensus et débats), la mise en évidence de pratiques qui fonctionnent, une vision sur ce qu’il faudrait faire pour vivre bien dans la région métropole, à la vitesse nécessaire pour échapper au mur climatique ».

D’où l’idée d’inviter à la tribune,

– un acteur international, élu ou pas, impliqué et précurseur

– et un acteur français ou européen, type élu ou technicien

Nous sommes à 6 semaines de la soirée et cela ne se passera pas comme ça.

Les premiers participants invités déclinent, trop connus, trop sollicités. Il faut augmenter le nombre de présents à la tribune pour couvrir les 3 questions choisies. Cerise sur le gâteau, Magali tombe malade et ne réapparaitra qu’à la soirée. Deux membres du COS, déjà très occupés, Frédérique et Baptiste, viennent à la rescousse.

L’idée d’un participant représentatif du C40, ce groupement de métropoles internationales, finira par nous permettre d’inviter le chef de projet du plan climat de Paris, via une cascade d’acteurs, rencontrés grâce au train climat gare de l’Est https://trainduclimat.fr/.

Le besoin d’un récit mobilisateur sera illustré par le président de Quattrocento, rencontré lors d’Eco-cité à Nantes en 2013.

Celui d’un industriel des éco-énergies par le président de Tecsol, (un bureau d’études spécialisé dans le montage de projets photovoltaïque) qui est aussi président d’un pôle de compétitivité sur le solaire ; rencontré lui lors d’un séminaire à l’Arene.

Enfin l’auteur du livre « ces maires qui changent tout », contacté via une librairie où il est venu présenter son livre, nous expliquera l’action effective de 6 élus dans leurs communes.

Il manque la parole d’un observateur-acteur global du défi climatique et d’un élu d’une métropole internationale aux avant-postes : impossible à faire venir autrement que par extraits d’interviews filmés, cherchés sur internet, passés à l’ouverture de la soirée.

Ce sera Jean-Claude Jancovici, qui a construit entre autres le bilan carbone pour l’ADEME, l’agence publique française qui innove en matière de développement durable ; et la maire de Copenhague, Ritt Bjerreggard  qui a lancé Copenhague zéro carbone, au sortir de l’échec de la COP 15.

Je lancerai la soirée par quelques diapos qui « déblayent le terrain » : en superposant les courbes de croissance de la population mondiale, de consommations d’énergies fossiles et d’émissions de gaze à effet de serre  depuis 1750 : elles se passent de commentaires.


Ce 17 janvier 2018, à 3 semaines de la soirée, le programme de la soirée est juste prêt ; presque, il manque…une salle et les modalités d’inscription. Grâce à nos partenaires du ministère, nous aurons le toit de l’arche de la Défense : une centaine de places, ce que nous visons. Internet permet d’envoyer les invitations à une soirée dont seule la date a été jusque là diffusée.

Une exceptionnelle tempête de neige se déclenchera ces jours là; La région est paralysée ; nous ne serons ce 8 février au soir qu’une quarantaine dans la salle…

Il n’y aura pas de diffusion de la soirée en temps réel sur internet. La soirée est filmée par les services du ministère mais pour l’instant le film n’est accessible qu’aux adhérents de l’Atelier. Le compte-rendu écrit de la soirée, 8 pages illustrées, est accessible ici,   sans tempête de neige pour vous empêcher d’y accéder.

Comment vous dire ? Cela nous intéresserait que vous le lisiez et que vous réagissiez, sur Linkedin ou sur agirlocal.org. Cela enrichirait l’atelier .

Episode 5 : habiter-travailler-mobilités.

Marie-Marie se lance dans l’organisation de la deuxième soirée juste avant noël avec deux autres membres de notre association : Olivier est directeur de l’aménagement chez Icade, groupe immobilier français, filiale de la Caisse des dépôts et consignations, en charge d’un démonstrateur aux portes de Paris ; Jean est expert en systèmes de transport et mobilité au groupe Renault

Les 3 champs de la soirée sont couverts : habiter-travailler-mobilités.

Un mois plus tard, les 3 questions qui cadrent la soirée sont énoncées. C’est Simon l’un des deux assistants de l’atelier qui s’y est mis pour synthétiser une première fois les échanges sans aller jusqu’à « utiliser le format de fiche de soirée pour le moment ».

– De nouvelles formes de travail et de mise en relation qui font évoluer les mobilités et les attentes de la ville

Comment imaginer les modes de vie à venir dans la sphère domestique (habitat, loisirs) et du travail ? Comment travaillerons-nous ? Le marché de l’emploi a-t-il un avenir ? Sera-t-il nécessaire de se déplacer ? La ville doit-elle et peut-elle s’adapter à ces nouvelles dynamiques spatiales de l’emploi et à ces rythmes moins homogènes et prévisibles ? La proximité est-elle la solution pour répondre à ces différents enjeux ?

– La métropole est profondément déstabilisée par ces usages amenés à se généraliser

Comment une métropole, une aire urbaine, peut-elle structurer les différentes fonctions qui la caractérisent avec en priorité les deux fonctions essentielles que sont habiter et travailler ? Va-t-on vers la fin des centralités, pole d’attractivités regroupant des fonctions d’habiter et travailler, vers un monde à la carte, sans proximité, sans besoin évident de se rendre “au centre” ? Assiste-t-on à la mort des centres villes ? Comment organise t on cette dilatation de l’espace et cette restriction du temps ?

– Quel modèle de société en filigrane ? Et quel rôle pour les collectivités ?

Quelle souveraineté, quelle gouvernance face à des acteurs “sans cadre” ayant une grande influence dans le métabolisme urbain ? Quelle participation du citoyen dans ce nouveau monde ? Quels effets de (dé)cloisonnements sociaux et spatiaux ?

Comment organise t on le fait urbain avec les nouveaux entrants et la participation croissante des citoyens et la monté toujours croissante de l’individu ?

Instruis par l’expérience du montage de la première soirée, la première liste des intervenants possibles est très large. Il en restera trois :

Astrid Sultan, Responsable projet “Immobilier 3.0” – ICADE

Mathieu Saujot, Coordinateur de l’initiative Transitions numérique & écologique à l’institut du développement durable et des relations internationales

Guillaume Faburel, Géographe urbaniste, Professeur à l’institut d’urbanisme de Lyon, chercheur à l’institut mixte Triangle (CNRS, Normale Sup, Université Lyon et Saint- Etienne), Spécialiste ville durable: dispositifs participatifs, nouvelles solidarités urbaines, modes de vie dans les écoquartiers, …

Le lieu est vite fixé, c’est Icade qui accueille, à son Hub Open Icade, aux portes de Paris. L’invitation partira trois semaines avant la soirée. En léger mieux par rapport à la première soirée.

Ce soir là, il ne neige pas sur Paris. Nous serons une bonne soixantaine pour écouter et échanger.

Les intervenants abordent le thème de façon pour le moins contrastée : avec les deux premiers, nous côtoyons le nomadisme et le télétravail, les communautés et le salariat ou plutôt sa mort annoncée par certains. On pointe les écarts entre promesses et réalité des modes de vie dans l’incontournable smart city dotée de la toute aussi inévitable intelligence artificielle ; l’irruption des réseaux mais aussi d’outils comme la blockchain et nous nous rapprochons doucement de la 3 ème soirée sur le numérique avec le véhicule autonome ou le droit à la vie privée.

Avant que le géographe ne demande : Comment nous plaçons-nous collectivement face à la révolution numérique, au néo- productivisme urbain et à la course à la compétition entre les métropoles mondiales ?

Il pointe la fabrique des inégalités par les métropoles, le fait que les trois quarts de la population française en sont loin, le désir de quitter les grandes
 villes (80% des Franciliens souhaiteraient aujourd’hui quitter Paris, enquête réalisée par Cadremploi en aout 2017) et le sentiment majoritaire de ne pas appartenir à ces 
ensembles urbains barbares (cf son livre « Métropoles barbares, démondi            liser la ville, désurbaniser la terre aux éditions le passager clandestin »). Il soutient que l’accélération 
qui épuise les corps et la surdensité qui crée des
 sensations d’étouffement, renvoient au ralentissement qui émerge jusque dans les programmes politiques. 
Et s’interroge sur: comment fabriquer du « commun » ? Bien au delà des seuls tiers lieux, émergents.

Les échanges avec la salle en rajoutent sur la privatisation grandissante de l’espace public, la désersification de certains territoires par les métropoles, l’émiettement des pouvoirs avec l’indispensable articulation du bottom up et du top down pour en sortir, la nécessaire invention de lieux de ressourcement et de récits communs autour de la question de l’habitabilité de l’espace, en ville et à la campagne, durable.

Vous avez dit jouer le bien être contre le climat ?

Le compte-rendu de la soirée est téléchargeable ici , 6 pages

Episode 6 : séminaire productif, en travaux

Dans l’ordre chronologique, le séminaire que nous appelons productif, est planifié le 12 avril, avant les deux dernières soirées métropolitaines. Nous nous y mettons dés la première soirée, défi climatique, passée ; (voir l’épisode 4)

Question de fond : à côté de quels faits saillants allons nous passer dans ce séminaire qui n’ont pas été traités dans les quatre soirées ?

Une note datée d’un mois avant le séminaire fait le point, extraits :

Son objet est comme d’habitude de déboucher sur moins d’une dizaine de questions documentées chacune en une dizaine de lignes ; le tout dans un 4 pages dont on sait qu’il est très lu.

  1. le déroulé

Le matin, à partir de l’entrée transverse par la vie dans les métropoles, 3 dimensions à traiter, en 3 fois une heure :

  • la grande échelle sur 180 km, (de Paris au Havre ou des sources à Paris)
  • l’emploi des temps
  • l’économie locale

L’idée est de faire intervenir deux, maximum trois experts à fort contenu innovant, opérationnels de préférence, sans exclusive. Deux fois 15 minutes (ou trois fois 10) puis une demi heure de travail avec la quarantaine de présents dans la salle : questions de compréhension et éclairages complémentaires des uns et des autres.

L’après midi, répartitions en tables pour formuler 3 questions documentées par table (à l’expérience, plus ou moins en résultent). Rapports en assemblée générale, avec échanges sur points clé si pas épuisés.

Toute la journée, cartes et tableaux à disposition pour pointer, produire, afficher, en dessin, mots ou chiffres.

  1. Les experts invités à exposer le matin :

1- La grande échelle :

On profite de l’investissement de Philippe Inquist (et de ses 2 accompagnants), auquel on joint quelqu’un de l’Agence de l’eau Seine-Normandie (Paris le Havre donc). Ceci nécessite un travail en amont et en aval de la journée avec eux pour la production qu’ils envisagent de faire, la restitution en séminaire et les suites possibles.

2- L’emploi des temps :

L’intérêt est de centrer sur les budgets temps de chacun dans la métropole gigantesque, d’aborder grande échelle et proximités de relations, de productions, de services, de vie. Expert opérationnel du bureau des temps, de Lille de préférence ou de Rennes qui sont parmi les plus anciens ; Fabienne Commessie, chef de projet de l’étude des modes de vie de Strasbourg ; une prospectiviste Carine Dartiguepeyrou sur les évolutions et émergences socioculturelles.

3- L’économie locale :

La prégnance, pour ne pas dire plus, de l’économie dans la vie dans les métropoles amène à décaler le regard sur ce qui peut changer cette vie : un expert sur la monnaie locale, intégrateur de solutions et coopérations de proximité Philippe Derudder, historien et praticien « Les monnaies locales complémentaires, pourquoi, comment ? » ; l’économie circulaire qui en est l’un des effets positifs, Jean Claude Levy, qui a l’avantage d’avoir un regard sur la Chine. « Economie circulaire, monde en transe, Chine en transit »

4- En option, selon ses disponibilités : Guillaume Faburel, entendu hier à la soirée habiter travailler demain ; il a passionné par son analyse, les mots et la distance qu’il donne aux évolutions en action ; je l’ai sollicité avec Christine, à chaud, pour qu’il intervienne quelques minutes en fin de chaque séquence ; il a proposé de venir avec quelques étudiants ; il nous envoie 2 contributions sur ses recherches (le capitalisme infrastructurel et forum immobiles sur 6 métropoles mondiales) « .

A ce moment Solenne nous abandonne pour une charrette professionnelle. C’est l’intérêt de piloter à trois : visions différentes et capacité à se relayer. J’ai travaillé 10 ans auprès de Bertrand ; nous n’avons guère besoin de nous parler pour faire ce qu’il faut, chacun, en contribuant à ce que l’autre fait. Il a pris en charge les cartes sur lesquelles réfléchir pendant ce séminaire productif. La grande sur la vallée de la Seine en particulier. Il organise la venue de ceux qu’il appelle la Chicago team : Phil Enquist, Meiring Beyers, Drew Wensely ; la team a proposé de contribuer à l’atelier en apportant son expérience internationale, sur le mode « grande échelle et écologie ». J’assume le reste des questions de fond et l’animation du séminaire proprement dit avec nos deux assistants, Simon et Priscilla, à la tache depuis plusieurs semaines.

La venue de la Chicago team, trois jours avant le séminaire, est un moment de bonheur. Bertrand a préparé leur visite. Le premier jour, nous allons les emmener sur différents points hauts du grand paysage francilien. A peine atterrissent-ils que nous allons sur la butte qui domine l’aéroport. Pour eux il est 3 trois heure du matin. Meiring se baisse pour prendre une poignée de terre en nous disant: « les rendements de cette terre merveilleuse vont chuter de 30% avec le changement climatique »… Puis c’est Villiers le bel /Ecouen ; la butte d’Orgemont ; le mont Valérien et retour sur Paris en longeant la seine par St Cloud, Issy les Moulineaux. Déjeuner à Suresnes avec vue bouchée sur Paris et retour à leur hôtel rue du Bac. Demain, c’est la grande visite de Paris au Havre.

Rendez-vous est pris à la gare de Cergy Saint Christophe ; ils arrivent en taxi faute de RER A en marche. Nous allons à pied sur la terrasse de l’axe majeur d’où Bertrand nous décrit le grand paysage francilien.

Puis trajet en minibus jusqu’au Havre en passant par Evreux, reconstruite sur un tout autre modèle, disons à l‘identique et l’Isle d’Abeau, ville nouvelle où Bertrand avec Alain qui nous accompagne, ont œuvré au début avant de rejoindre Cergy-Pontoise ; en arrivant à Cergy-Pontoise, Alain a créé la chaire d’économie urbaine de l’ESSEC.

Au Havre, Simon, directeur de l’agence d’urbanisme du Havre et ancien participant des ateliers, nous fait sentir les vibrations de la ville rebâtie par Perret et ses enjeux; l’église Saint Joseph nous laisse subjugués.

La team a apporté un énorme document A3 qui compile les vues aériennes proches de la source de la Seine à son estuaire. Simon nous remet une étude XXL, la bien nommée, sur la logistique ;. Elle a été réalisée par les 4 agences d’urbanisme de la vallée de la Seine : celles de Paris, de l’Île de France, de Rouen et du Havre. télécharger la synthèse en 4 pages : https://www.aurh.fr/media/na_6250_4pages_vds_xxl__008347700_1208_22032018.pdf

Au retour, nous laisserons la team à Rouen ; ils veulent faire l’expérience du train mais déclarent forfait, épuisés, pour la visite du mercredi. Cela nous laisse un peu plus de temps pour les derniers jeux de documents et cartes à destination du séminaire dit productif. Il nous attend, jeudi.

Prochain épisode : un séminaire questionnant

Episode 7 : un séminaire questionnant

Cette fois, nous y sommes : les intervenants ont changé, le programme ne sort que le 11 pour le 12 avril.

Pierre-André ouvre la journée avec un rappel de 5 ateliers franciliens de 2012 à 2017 qui ont préparé l’atelier 2018. Bertrand enchaîne avec un : pourquoi ce sujet ? Et introduit la grande échelle.

Puis je prend la main pour animer le reste de la journée, avec d’abord nos trois séquences, axées sur la vie. L’après midi, les présents sont répartis en 3 tables dont l’objet est de poser de bonnes questions.

Le tout permet la rédaction d’un 4 pages, point d’orgue de la préparation de l’atelier : il intègre les contributions égrenées au fil d’un an de préparation, ramassées en une petite dizaine de questions, documentées en quelques lignes. Je m’y colle. Pour un accès direct à cette synthèse en forme de questions, ardue à écrire mais très lue, ici (4 pages)

Et pour plus de partage de ce séminaire, le déroulé :

La grande échelle :

La chicago team questionne : Phil Enquist « A quelle hauteur de vue devons nous réfléchir ?» Pour Meiring Beyers : le changement climatique impacte toujours plus la vie quotidienne: davantage de maladies, de mortalité, de pertes économiques, de changements de consommation d’énergie, de consommation d’eau, de pertes agricoles, de précipitations; comment les communautés peuvent elles devenir résilientes? Pour Drew Wensley, la population de la planète augmente, les villes sont critiques. Il n’y a pas de solution unique; Comment penser à plusieurs échelles ? voir la présentation. Gilles Billen, biogéochimiste, directeur de recherche au CNRS, pointe, entre autres, « ces villes qui ne fabriquent pas leur nourriture » et décrit deux scénarios pour l’alimentation de la France, l’un qui poursuit l’ouverture vers le marché international avec de grands projets néo-liberaux comme le Grand Paris ; l’autre qui reconnecte alimentation et agriculture locale, sans intrants. A paraître en octobre 2018  Science of The Total Environment 637-638 ; voir d’ici là :  http://www.eauetbio.org/wp-content/uploads/2016/02/FNAB_2016_Diaporama_S%C3%A9minaire-Nanterre_19janvier2016-Gilles-Billen.pdf. Carlos Moreno, professeur des universités, Université d’Evry, constate : Les métropoles deviennent hyper métropoles et hyper régions, hyper connectées ; comment aller vers des villes post carbone?

Echanges avec la salle :

En fin de chaque séquence, les échanges avec la quarantaine d’experts et acteurs présents nourrissent les réflexions :

« Au vu de ces éléments alarmants, pourquoi vivre en ville ? Comment faire concrètement au niveau des collectivités territoriales ? En réalité dans les institutions il ne se passe rien. Les contre cultures existent déjà mais ne sont pas valorisées. A quelle échelle politique faut il agir ? Le débat ville / campagne pose la question de l’espace vital : comment une génération va-t-elle accepter une autre façon d’utiliser le foncier pour générer d’autres pratiques ? Au vu du vécu de la ville de Dakar, la conséquence de l urbanisation est la pauvreté : est ce qu’on peut lutter contre ça ? »

L’emploi des temps :

Amandine Mallick urbaniste, agence d’urbanisme de Strasbourg ADEUS, rapporte une enquête multi volets de 3 500 ménages sur les critères de localisation de leur logement par rapport au lieu de travail: ils placent le calme et la tranquillité loin devant la proximité du travail ; et placent la vie culturelle et la vie nocturne en dernier http://www.adeus.org/productions/les-notes-de-ladeus-ndeg126-habitat/files/note-126_liens-habitat-emploi_web.pdf . Eva Bouhnik, urbaniste praticienne, membre de l’association Tempo Territorial, décrit comment prendre en compte le temps dans l’aménagement des villes change le regard sur les enjeux face aux accélérations, aux rythmes désynchronisés, aux frontières floues temps de travail –temps libre. http://tempoterritorial.fr/wp-content/uploads/2016/12/GuideInteractif.pdf

Echanges avec la salle :

« L’étalement du temps de travail est intéressant ; le métro automatique de Lille- Roubaix-Tourcoing permet une desserte a la minute, nuit et jour, pendant les 48h de la grande braderie. Comment définir la couronne périurbaine de Strasbourg ? Par un abandon de l’idée couronne-centre pour un fonctionnement connecté petites communes-grandes communes. Le phénomène de métropolisation est structuré par des valeurs culturelles du XIXème siècle : le centre c’est bien, la périphérie ce n’est pas bien… L’Île-de-France est passée de 50 ans de politique publique d’aménagement polycentrique à un retour au développement en tache d’huile. Ce qui fait la différence entre centre et périphérie, c’est la densité. Il y a un mur de verre dans la tête des parisiens, le périphérique : les investissements sont à faire en périphérie mais ce sont les parisiens qui prennent les décisions. Nous n’avons pas anticipé le phénomène des déplacements banlieue – banlieue. Chaque citadin véhicule des imaginaires sociaux à interroger aujourd’hui. L’enquête Adeus est scandaleuse : elle fait ressortir que les gens préfèrent le calme et la tranquillité à la vie nocturne et la culture. Quel modèle de résilience  grande échelle / agriculture / déplacements en voiture ? Les prix au m² sont de plus en plus chers, les logements de plus en plus petits. La question n’est pas la densité mais ce que la densité permet de vivable : en banlieue, il n’y a pas d’alternative à la voiture ».

Economies locales et biens communs

Jean-Claude Levy, historien, géographe et journaliste pointe : doit on parler du cycle de vie des déchets ? Ou des marchandises ? Preuves à l’appui :

L’économie circulaire pose la question de la valeur d’usage, de la valeur d’échange et donc de la monnaie et de la rente foncière par rapport aux marchandises. Une intelligence stratégique est de nature à coordonner l’action des différents acteurs par niveaux territoriaux, adaptée aux contextes locaux. Fondement de l’économie circulaire, cette intelligence stratégique renvoie à la proposition de pacte finance-climat de Jean Jouzel et Pierre Larouturou.

Guillaume Faburel, géographe et urbaniste, professeur à l’Institut d’Urbanisme de Lyon, constate la rupture anthropologique du coté du ménagement, de la tempérance qui se lisent dans les pratiques, les modes de vies, les opinions, les systèmes de croissance. Comment reposer la question du meta recit de la ville, des communs comme valeurs partagées ? Quel pourrait être un modèle alternatif de la croissance urbaine ? Bio region – polycentrisme et re-regionalisation ainsi qu’à l’échelle agglomération, on peut penser autrement.

Echanges avec la salle :

« Le système naturel est un cycle : produire, consommer, digérer. Quelle est la bonne unité ? Le temps ? L’énergie ? Peut on utiliser la rue autrement : partage de mobilité, renaturation de l’espace rue et des usages sociaux qui en sont faits ? Les collectivités publiques possèdent 20 à 30% de l’espace urbain que sont les rues. Il y a un fossé entre les discours des intervenants et la réalité des transformations a l’œuvre aujourd’hui : l’accélération des échanges numériques pose des problèmes insupportables, les consommations interpellent la somme des comportements individuels. Les intelligences sont dissoutes dans les processus d’aménagement. Nous avons besoin d’expérimentations pour tester de nouveaux usages. L’expérimentation, on est dedans partout : en chine, la loi sur la promotion de l’économie circulaire a 10 ans. La question du plaisir est à introduire dans le débat. La modernité a introduit la dichotomie homme / nature ; elle est à reconstruire. Le foncier naturel agricole doit être cher, l’auto suffisance alimentaire du bassin parisien est nécessaire. Quelles sont les implications de la décélération en termes de gouvernance ? »

Point de vue de deux partenaires des ateliers :

Deux acteurs opérationnels de la fabrique de la ville concluent la matinée :

Magali Castex, directrice du développement durable à Grand paris Aménagement, demande : comment réinvestir la notion utilité publique dans l’aménagement avec une notion de protection foncière ? La ville est trop cadrée, trop normée pour encaisser les chocs de variation de population. Comment expérimenter ? Comment contrebalancer la valeur économique du foncier ? Ne faut-il pas redonner de la valeur à la conception de la ville, aux honoraires des concepteurs ?

Pascal Dayre, Directeur adjoint de l’établissement public foncier Île-de-France, constate : la ville se construit aujourd’hui dans un modèle inscrit dans l’économie du marché, plus forte que les idées. Anticipation, régulation des flux, captation de la rente foncière permettent de restituer cette rente par des opérations offrant minorations foncières, diversité et qualité.

L’après midi, les 3 tables se mettent au travail : la restitution à la serpe :

Table 1

Par rapport à Delhi, Jakarta, Karachi, etc… La vie à Londres, Berlin, Paris, c’est le paradis. Il suffit de visiter pour s’en rendre compte. Comment donc éviter d’aller dans cette direction, éviter l’extension infinie ?

Quel futur ? Quelles aspirations des jeunes générations ?

Migrations : à pied, en voiture, à cheval, en vélo et si en voiture, électriques ; le travail, c’est le coworking.

Paris-centre n’est pas le sujet, ce sont les villes qui sont autour qui sont en jeu. Mais lesquelles ? Celles en périphérie ? Celles au-delà de l’urbanisation continue, bourgs et villages, mais comment les mettre en réseau ?

Mobilité : l’idéal c’est la proximité. Le mieux est de se déplacer en vélo, à pied… Et le logement dépend de la qualité du travail : le travail est au centre des choix.

Table 2

La question du changement d’échelle n’est pas pour les urbanistes mais pour les populations : comment des centaines de milliers de personnes peuvent-elles le réaliser ?

On ne dispose pas de dizaines de dizaines d’années ; Il faut engager le changement rapidement :. Comment faire en sorte ?

A partir des expérimentations réussies, comment peut-on déployer plus largement ?

L’écologie comme point d’entrée : puisque l’écologie est porte d’entrée, alors le territoire est le bassin versant. Comment faire recoller la géographie des usages avec la géographie écologique, pour un projet durable si ce n’est par l’écologie sociale. Par exemple, l’utilisation des bords de Seine amène à construire le « nouveau rêve urbain ». Après les cité-jardin, la cité radieuse, les villes nouvelles : la ville écologique, quelle image et quel modèle ?

Table 3

Echanges vifs…

Quelles sont les unités de mesure à choisir pour avoir un regard différent sur la métropole du XXIème siècle ?

Quels sont les indicateurs significatifs pour définir la vie dans les métropoles ?

Comment atténuer le clivage centre-périphérie ? Comment requalifier la périphérie ?

Faut-il changer le statut du foncier ?

Faut-il suivre le modèle scandinave (pas de droit de propriété du sol), ou permettre à tous, l’accession?

Proposer aux étudiants un scénario: et si on avait pas de voiture  ou de camion ? Quelles seraient nos priorités ? De quelles solutions dispose-t-on ?

Comment compenser/financer/mutualiser l’espace public pour renforcer le lien social ?

Débat final :

Shanghai propose que chaque résident soit à maximum 15 minutes à pied des services de base. Ils pensent ainsi la proximité bien plus sous l’angle des services de la vie que sous celui du travail. En matière de déménagements, seulement 17% de ceux-ci sont liés à un nouveau travail. Le reste concerne des choix de vie, un compromis de couple, une volonté d’être proche de ceci, d’un environnement, la proximité d’une école etc… Ils vont donc accepter de voyager pendant un temps long pour habiter là où ils veulent. La conception des villes nouvelles (de Cergy) a été pensée sous cet angle : l’accessibilité aux services était pensée en amont de la ville. La question du social apparaît peu dans nos débats. Il faut que cette projection vers une ville rêvée soit le moyen de réduire les fractures sociales. A Rennes, ils développent tout leur PLU dans cette optique : tout à pied avec accès aux espaces verts, aux commerces, aux services. On ne s’occupe pas suffisamment de la question des usages et des usagers dans nos métiers : comment co-construire vraiment avec les habitants ? Les urbanistes ont des idées, des utopies, des visions qui s’imposent aux habitants, la vision des habitants n’est pas suffisamment prise en compte dans la conception de la ville. Comment utiliser les nouvelles technologies pour les faire participer à la construction de la ville du futur ? Des innovations en cours en Europe. Be citoyen : application pour faire participer les habitants aux politiques urbaines, qui sort cette semaine. On souligne parfois pour tempérer l’importance de la participation le fait que dans le cadre de la construction d’un nouveau quartier ou une opération d’aménagement, on ne connait pas les nouveaux habitants. Mais les anciens seront encore là et leurs vœux méritent d’être écoutés. Question de l’antériorité.

Là s’arrête le séminaire ; le choc des expériences, des regards, dans le bouillon de cultures, a bien fonctionné.

En guise de remerciements, ce mot envoyé le lendemain aux participants du séminaire:

« Lendemain de fête, il n’y a pas d’autre mot pour vous dire combien cette journée est apparue riche de vos apports et des étincelles de nos rencontres.

Il y avait

de l’atelier grand paysage et de la beauté comme entrée pacifique sur le développement durable,
du « comment faire que ça arrive » avec les gens et les institutions de l’atelier territorialiser la transition,
du développement du comment penser à la hauteur des enjeux de l’atelier de l’économie de la connaissance,
du renouvellement du métabolisme de nos territoires par l‘économie circulaire de l’atelier sur le devenir des zones d’activités,
du traitement de la transition et de l’exclusion, l’un par l’autre de l’atelier la ville inclusive.

Il y avait plus : de bonnes questions, aux bonnes échelles de territoire, de quoi pousser nos jeunes participants
à formuler des actions, des plans, un rêve et quelques voies pour le réaliser.
Il nous faut maintenant partager avec celles et ceux qui n’étaient pas là ».

Manque de chance, la caméra a eu un problème technique. Je devrai me mettre à l’écriture du 4 pages avec les notes de Priscilla et les miennes. Cette synthèse est le point d’orgue de la préparation de l’atelier : elle intègre les contributions égrenées au fil d’un an de réflexions et d’échanges, bien au delà du séminaire donc, ramassés en une petite dizaine de questions, documentées en quelques lignes.

Pour un accès direct à cette synthèse en forme de questions, ardue à écrire mais très lue, ici (4 pages)

Prochain épisode : le numérique, moyen ou fin en soi ?

« La vie dans les métropoles au XXIème siècle »

Episode 8 : le numérique, fin en soi ou moyen ?

Cette fois, c’est Frédérique, directrice de l’Enseignement et de l’International de Telecom Paris Tech qui a pris en charge la soirée. La présence physique ayant peu de choses à voir avec le virtuel, et l’ubiquité n’étant pas de ce monde, deux semaines avant la soirée, il faut la reporter de quinze jours : du fait de l’organisation à Lyon d’un grand colloque, aucun intervenant n’est disponible.

Symbolique, cette péripétie marque la distinction entre le réel et le virtuel.

D’un rapport, fait avec Etienne, à un président d’une grande entreprise publique, j’ai gardé en mémoire ce constat : la ville souffre de deux maladies, l’une chronique, l’exclusion, l’autre mortelle, le changement climatique. Il y en a une troisième, mortelle pour les entreprises qui ne la devancent pas : le numérique. Et notre démocratie ?

Dés le début de la préparation de cet atelier, le débat sur le numérique est pour le moins vif.

Solution à tous nos problèmes pour les uns, big brother pour les autres, le verre n’est, pour aucun des deux, ni à moitié plein ni à moitié vide. Il semble que comme la langue d’Esope, il soit le meilleur et le pire.

Allez, une citation, extraite de La vie d’Esope : Envoi de Jean de La Fontaine à Monseigneur le Dauphin :

Un certain jour de marché, Xantus, qui avait dessein de régaler quelques-uns de ses amis, lui commanda d’acheter ce qu’il y aurait de meilleur, et rien autre chose. “Je t’apprendrai, dit en soi-même le Phrygien, à spécifier ce que tu souhaites, sans t’en remettre à la discrétion d’un esclave.” Il n’acheta que des langues, lesquelles il fit accommoder à toutes les sauces, l’entrée, le second, l’entremets, tout ne fut que langues. Les conviés louèrent d’abord le choix de ces mets; à la fin ils s’en dégoûtèrent. “Ne t’ai-je pas commandé, dit Xantus, d’acheter ce qu’il y aurait de meilleur? – Et qu’y a-t-il de meilleur que la langue? reprit Ésope. C’est le lien de la vie civile, la clef des sciences, l’organe de la vérité et de la raison. Par elle on bâtit les villes et on les police; on instruit; on persuade; on règne dans les assemblées; on s’acquitte du premier de tous les devoirs, qui est de louer les Dieux. – Eh bien (dit Xantus, qui prétendait l’attraper), achète-moi demain ce qui est de pire: ces mêmes personnes viendront chez moi, et je veux diversifier.” Le lendemain, Ésope ne fit servir que le même mets, disant que la langue est la pire chose qui soit au monde: “C’est la mère de tous débats, la nourrice des procès, la source des divisions et des guerres. Si l’on dit qu’elle est l’organe de la vérité, c’est aussi celui de l’erreur et, qui pis est, de la calomnie. Par elle on détruit les villes, on persuade de méchantes choses. Si d’un côté elle loue les Dieux, de l’autre, elle profère des blasphèmes contre leur puissance.”

« Par elle on bâtit les villes et on les police,(…) par elle on détruit les villes, on persuade de méchantes choses ». Résonnances.

A la soirée, Frédérique a invité Luc Belot, directeur général de HUB5, filiale dédiée aux questions numériques et à l’innovation du groupe Réalités, mais c’est plutôt l’élu d’Angers qu’elle invite, ancien député, auteur du rapport De la smart city au territoire d’intelligence(s). L’avenir de la smart city. résumé et téléchargement du rapport

 Le deuxième viendra par video interposée : Alain Renk, associé fondateur d’Urban Fabric Organisation, revendique la pluridisciplinarité de son équipe avec une devise « Et si nous profitions du numérique pour libérer la créativité et inventer des villes faciles à vivre » et « une règle simple : rendre l’urbanisme plus accessible et plus collaboratif ».villes sans limites

Le troisième invité, Olivier Jonas, est fondateur du cabinet Tecdev et chercheur en technologies de l’information et aménagement. Il a notamment publié Rêver la ville – Utopies urbaines : de la cité idéale à la ville numérique et Territoires numériques. Interrelations entre les technologies de l’information et de communication et l’espace, les territoires, les temporalités,

Le politique, l’appli et l’imaginaire vont, en quelque sorte, prendre langue.

A ce moment, il faut que je vous dise : le changement de date de la soirée m’a empêché d’y assister. C’est donc avec les notes écrites de Priscilla que je vais vous raconter la soirée.

Au vu de la prise de notes, (lecteur de ces épisodes, me voilà comme vous à m’enrichir par écrits interposés) aspirations et craintes étaient au rendez-vous.

Luc Bellot constate : la captation de la donnée permet de passer d’une logique offre-demande à celle des usages ; mais les cadres territoriaux et les élus sont perdus face à ces questions ; la réalité de l’usage c’est que ce n’est plus l’élu qui décide, c’est Waze, tom tom… pour les trajets dans les rues résidentielles par exemple. Avec la voiture autonome, ce n’est plus la propriété mais l’usage qui dominera : partage de véhicule, parcours, covoiturage ; quid des places de parking inutilisées par la réduction de 30% des voitures dans les centre-ville par rapport plan locaux d’urbanisme?

Quelle place à la protection des données personnelles ? C’est une question de liberté. Voir le règlement général (l’équivalent d’une loi européenne) sur la protections des données,décidé par l’Europe.

C’est une question de cybersécurité
avec des hackers
qui ont pris en otage des hôpitaux aux Etats-Unis.

C’est un problème de confiance dans les élus, avec des données urbaines qui passent par les Gafa et sont toutes conservées. Pour quelles utilisations ?
Voir le scandale politique facebook-Cambridge-Analytica ou plus prosaïquement les risques de captation des données de consommation à partir du compteur Linky.

Et de citer trois principes directeurs pour reprendre la main dans la démocratie :

La gouvernance : elle ne peut pas être confiée à de grands groupes comme Google à Toronto… Est‐ce que ces grands groupes doivent décider ou les élus des territoires ?

La souveraineté
 : avoir la maitrise de ces outils
 par exemple la carte pour gérer tous les services comme à Angers. 
Compliqué à gérer par les collectivités quand ces outils sont propriété de grands groupes privés.

L’inclusion
: 16% des français ne maitrisent pas suffisamment bien la lecture-écriture pour remplir des démarches administratives en ligne Comment intégrer ces citoyens dans les modes participatifs, comment les mettre en capacité d’avoir leur propre analyse, de donner leur point de vue.

Léopold Kurek Institutional Sales – Asset Management

En video, Alain Renck présente l’appli d’urban fabric organisation qui est structurée en 3 étapes :

‐ Imaginer : avec des Photos‐montages de l’existant plus des commentaires et des slogans

‐ Echanger : avec une
carte du monde qui permet le partage avec la communauté
et le tri par catégories de thèmes. Ce qui permet de
commencer à créer, à partir des interventions des participants, une connaissance et un contenu commun.

‐ Exister
 : avec des outils d’analyse sémantique, de reconnaissance image, d’intelligence artificielle de reconnaissance de métadonnées pour créer un document des enjeux et volontés des participants, de faire le
lien entre professionnels de la ville et citoyens.

Olivier Jonas a créé sa société de conseil en matière de développement numérique des territoires
à un moment où internet arrivait en France et où les territoires et l’Etat se demandaient quel en serait l’impact territorial. Dans le champ de l’innovation numérique
il est en particulier sur la modélisation en trois dimensions de la ville qui permettent de visualiser les projets. Par exemple la récupération de données pour réduire l’empreinte carbone des territoires, voir ce qu’il y a dans le sous‐sol
et accéder aux informations sur les réseaux enterrés ou visualiser des scénarios d’aménagement.

Il constate le rapprochement croissant entre innovation numérique, transformation numérique et transition écologique ; par
exemple le livre blanc de l’IDDRI publié récemment, du pôle de compétitivité Cap digital intègre le pôle sur la ville durable, Advancity.

Ce livre blanc balaye 3 champs sur ces thématiques ville durable-intelligente,

  • ‐  Fabrique de la ville : éco construction, agriculture urbaine, énergies renouvelables…
  • ‐  Gestion urbaine : opérateurs de réseaux, optimisation des réseaux urbains, souvent intégrés dans des 
schémas smart city en rosace avec toutes fonctions urbaines pilotées, intelligence 
ambiante – capteurs dans la ville , traitement des déchets.
  • ‐  Vivre en ville : services autour du numérique par l’interface du smartphone sur les déplacements, 
l’accès aux ressources touristiques, les démarches à effectuer…

Puis développe 9 secteurs d’innovation et 4 dimensions du numérique au service de l’intelligence collective dans le champ urbain.

Les échanges :

Civicwise est une plateforme d’urbanisme participatif mais avec la capacité d’internet pour un partage d’expérience sur des problématiques communes.
Clusters locaux et acteurs d’autres pays associés pour une
intelligence collective.

La ville ne se repense plus seulement par le haut et avec la totalité des citoyens (ses données) avec ou contre son gré : l’individu est au centre.
Est‐il au courant ? Comprend‐il ? Satisfait‐on ses besoins ? Ses usages ?

8% de la population est malvoyante ou aveugles. Quelles aides
 vocales ?
La plupart des sites de services publics comme de services privés,
ne sont pas accessibles

Intelligence collective et participation : elles ne peuvent pas se faire uniquement sur internet. Ça doit être physique, ça ne peut pas être par internet.

Est‐ce que l’intelligence numérique n’en vient pas à vider l’intelligence de certains métiers ?
On parle de ville numérique mais pas de conception, de spatialisation, de qualité des espaces, de bien‐être

On voit les effets aujourd’hui du manque de conscience de l’espace à cause du numérique.

Il nous faut des outils culturels par rapport à des contextes culturels. Les 
conditions de maturité des systèmes d’acteurs sont à créer.

Il y a une grande différence de temporalités : le numérique va très vite, il est difficile d’anticiper ce qui marchera dans 5 ans;
alors que pour l’aménagement urbain, il faut au moins 5 ans avant que la première pierre soit posée sur des rythmes d’au moins 50 ans avant reconversion…

Tout cela n’entre pas dans le monde des collectivités territoriales sauf grandes.

Y a‐t‐il des études sur la transformation de l’homme avec ces technologies ? Avant on n’avait pas besoin de soutien
Quelles évolutions sur le cerveau, le corps, les yeux… ?

Les études cognitives disent : on perd et on gagne.

La génération des adolescents actuels, les adultes de demain,
n’a pas forcément la même prudence que nous sur la donnée.

Les jeunes ne sont pas tous en faveur du développement des technologies.
 Par exemple un nouveau type d’autisme s’est développé avec les tablettes utilisées à un trop jeune âge.

Prochain épisode : attractivité économique et culturelle

« La vie dans les métropoles au XXIème siècle »

Episode 9 : l’attractivité économique et culturelle

L’institut d’aménagement et d’urbanisme, c’est un peu notre maison mère. Ce n’est pas dans la salle Delouvrier qui a hébergé le premier séminaire mais à l’étage ouvert et à la lumière naturelle de la cafétéria que l’IAU nous propose de loger la soirée, un lieu qui s’accorde bien avec la date du 21 juin, jour de la fête de la musique. Avec ce qui s’appelle aujourd’hui la DRIEA, les deux institutions sont au fondement de la maitrise d’œuvre urbaine entendue comme force d’étude, de proposition et de mise en œuvre des décisions prises en matière urbaine. Notre partenaire IAU qui n’est pas financeur mais contribue beaucoup en nature, souhaite saisir l’occasion de cette soirée pour porter le point de vue de l’IAU et avec lui de la Région sur cette double question. Pour préparer la soirée, Laurent s’accorde avec Odile Soulard et Karine Camors, deux économistes de l’IAU spécialistes en matière culturelle, tandis que Vincent Gollain, Directeur du développement économique, portera le volet économique.

3 mois avant la soirée, un compte-rendu récapitule un premier tour des questions :

« L’approche du sujet :

Selon BW, la culture est une porte d’entrée essentielle dans le sujet de l’attractivité. Où se place-t-on sur le plan historique : aujourd’hui ou dans l’avenir ? Quid des nouvelles aspirations culturelles des jeunes ? Les modes de vie et les usages sont l’entrée commune pour toutes les soirées de l’Atelier. Les nouveaux lieux de culture, éphémères ou pas sont intéressants : les fameux tiers-lieux culturels. Quid des intervenants : chercheurs, politiques, acteurs du domaine ? Comment dépasser l’antagonisme modèle de Bilbao vs de Berlin ? Modèles d’attractivité exogène vs endogène ? Impacts du Louvre Lens ? Impacts du MUCEM sur Marseille ? Quid de la diffusion de ces paquebots culturels centraux vers les banlieues ? Quid de l’envers du décor : gentrification autour (cf. E. Vivan), risque d’assèchement des subventions municipales par les équipements « phares » ? Quid des initiatives « capitales européennes de la culture » ? Y-a-t-il eu des recherches sur les effets de ces financements ? Quid des impacts du tourisme culturel ? (cf. blog « le nouveau tourisme culturel » de Evelyne Lehalle). Quid des oppositions entre « paquebots culturels » (« in ») et vivier ou écosystème plus informel ? Le cas du 104 montre qu’un paquebot peut avoir un impact très positif sur son quartier. »

Deux semaines avant la soirée le fil conducteur  est au point. La soirée portera d’abord sur la culture. Outre les 4 de l’IAU, laurent, Odile, Karinne, et Vincent, sont invitées à plancher :

Clotilde Kullmann, ‎docteure en géographie, chargée d’animation scientifique de la Chaire «Aménager le Grand Paris» – ‎École d’Urbanisme de Paris

Laetitia Lafforgue, comédienne, ex-présidente de la Fédération nationale des arts de la rue (2013-2016), porte-parole de l’UFISC (Union fédérale d’intervention des structures culturelles)

En ouverture de la soirée, deux chiffres claquent : en Île de France, la culture pèse 300 000 emplois et 21 milliards d’euros de plus value dégagée par les établissements culturels. La répartition géographique est on ne peut plus inégalitaire : Paris et le département des Hauts de Seine concentrent 75% de ces emplois (pour 30 % de la population).

Vincent Gollain part de la définition de l’Insee de l’attractivité, « la capacité d’un territoire à attirer des ressources spécifiques provenant de l’extérieur » pour en énoncer trois leviers,- l’innovation, les compétences et l’ouverture sur l’extérieur-, et deux facilitateurs,-les transports internes et externes, la capacité à travailler ensemble-. Il décrit trois modèles d’attractivité culturelle : celui des équipements lourds, le plus répandu ; celui du quartier des musées type Montréal avec hôtellerie et restauration, celui de Détroit, fondé sur le dynamisme individuel des acteurs.

Clotilde Kullman l’aborde comme mode de conception des villes, des expositions universelles aux gares du Grand Paris en passant par l’art dans les territoires porté par Jean-Eudes Roullié et les villes nouvelles ou le 1% décoration institué en 1951 pour chaque construction de bâtiment public. Et constate qu’aujourd’hui les créateurs sont centrés sur les « expériences » le plus souvent à partir de bâtiments détournés : l’espace est partie intégrante de l’œuvre, le processus a plus d’importance que le résultat final, l’artiste s’implique dans des démarches participatives.

Laetitia Laforgue fait un double constat : nous sommes devant une crise écologique, économique, démographique et migratoire. Pourtant jamais autant de gens n’ont eu accès à la culture ; et pose une question : comment se fait-il qu’il y ait une telle perte d’humanité ? Nous sommes passés des droits culturels, l’accès aux œuvres, au droit à la culture « telle que définie par la charte des droits de l’homme et du citoyen qui reconnaît la culture comme l’ensemble des valeurs, des croyances, des institutions et des modes de vie, par lesquels un peuple cherche significations et développement. »

source internet cuevas mano

Ce faisant, « nous sommes passés de la primauté de l’œuvre à la primauté de la personne, avec la question de l’émancipation des personnes, le développement de l’esprit critique, la capacité d’expression des idées, l’appréhension personnelle qui se confond avec celle de mon voisin et fait humanité ». Dés lors, « révéler des espace, faire rêver, provoquer dérange la tranquillité publique des corps et des esprits pour animer les esprits, interroger nos modes de vie, nos modes de penser ». Clotilde s’est investie dans le street art parce qu’il prend les personnes pour ce qu’elles sont et non comme elles se représentent. Elle s’inscrit dans l’économie sociale et solidaire et note que les 300 000 empois directs de la culture sont à mettre en regard de ceux de l’automobile (nb : 200 000 emplois).

Les échanges entre intervenants portent sur la visibilité à donner à un territoire, le moins en solo, plus ensemble, le développement endogène et exogène (cf document sujet), la concentration métropolitaine et le rural, l’irruption du numérique qui annonçait la fin des grands équipements mais les gens veulent voir, toucher, sentir les œuvres, l’originalité développée à travers le street art, le numérique et la manipulation-régression-normalisation ; et plus encore la privatisation grandissante des espaces publics, l’abandon de la culture par les politiques. Avec cette dernière prise de position : « tant qu’à faire, je préfère le parcours de livres du ministère à celui de google ou amazone, a fortiori du Front national qui retire des livres de la bibliothèque publique comme lors de leur arrivée à la tête de la municipalité d’Orange ».

Les échanges avec la salle rappellent que le grand paysage est une œuvre comme l’axe majeur à Cergy-Pontoise et interrogent la création d’évènements qui durent, à la campagne, comme le festival de Jazz de Marciac ; les déserts culturels de banlieue renvoient à l’accès au capital culturel selon le sociologue français Pierre Bourdieu qui ne renvoient pas forcément à des équipements et du bâti; La culture est un outil a deux lames ; entre les mains des puissants, elle est une arme de domination ; jardinée par les dominés, elle est émancipatrice. La beauté des grands paysage comme celui de Paris qui reste parmi les dernières des capitales basses au monde est un bien commun, comment le gère-t-on ? ; le passage de l’œuvre à la personne et de la personne à celle de son portefeuille  éloigne chaque jour un peu plus de la re-présentation émancipatrice, de la délectation gratifiante qui ouvre l’imaginaire, met la mort à distance, éclaire un chemin de développement personnel et collectif, protège des dictateurs de tout poil ; et pose cette question : la        poursuite des richesses dans les lumières de la ville serait-elle parvenue à un point où elle entre en contradiction avec la belle vie ? Faire travailler les acteurs ensemble autour d’une vision, d’un projet territorial, d’une intelligence à bâtir apparaît comme une réponse incontournable et pose la question de l’éducation artistique, de la pratique de la musique, du théâtre, de la re-présentation…

Il est 20h, nous sortons dans la rue. L’air est doux, empli des premières notes de la fête de la musique.

Prochain épisode : gigantisme et mobilités métropolitaines

« La vie dans les métropoles au XXIème siècle »

Episode 10 : gigantisme et mobilités métropolitaines

Le dossier d’immersion est bien nommé. Habituellement dit document de contexte, Solenne propose que l’on change son nom tant sa taille correspond à l’ampleur du sujet que l’on veut décrire de façon simple et problématisante. Décrire simplement la région capitale est réducteur, forcément réducteur, même en plus de 100 pages, même en se demandant quels sont les faits saillants. Quant à être problématisant, un an de préparation ont conduit aux 8 questions documentées en quelques lignes du 4 pages ; alors nous décidons d’essayer de sélectionner encore les questions avec un dernier tour de presse : quels questionnements majeurs ?

Ils sortent par deux : le gigantisme et les mobilités qui vont avec ; le grand paysage et le défi climatique.

La question du changement d’échelle :

Le gigantisme est un constat. Une augmentation de 50% de la population de la région capitale lors du demi siècle écoulé, 3 millions d’habitants supplémentaires à une trentaine d’années d’ici, annoncés par l’Insee : en termes actuels, la question qui se pose est non pas où va-t-on les mettre mais où veulent-ils aller ? C’est la question du changement d’échelle de ce qui fait mégalopole.

La question du changement d’échelle

Mobilités et modes de vie :

Les mobilités vont avec, forcément avec, quel que soit le scénario imaginé ; mobilités internes et externes mais mobilités d’une mégalopole mondiale. Depuis la proximité la plus recherchée au nomadisme contraint ; contraint d’abord par le prix du logement et l’acceptabilité des conditions qui vont avec : la distance domicile-travail et les conditions de vie pour soi et ses proches.

Mobilités et modes de vie

Prochain épisode : Grand paysage et défi climatique

« La vie dans les métropoles au XXIème siècle »

Episode 11 : Grand paysage et défi climatique

Pourquoi lier grand paysage et défi climatique ? Après les réflexions menées par la DRIEA (direction du ministère en charge de l’écologie et de l’aménagement) avec les EPA IDF (aménageurs publics), deux ateliers ont mis ce lien en exergue, l’un sur le grand Paysage en 2012, l‘autre sur la transition en 2014, avec cet enchainement logique : la nourriture, les éco énergies, les éco matériaux, poussent à la campagne et sont consommées en ville ; c’est une affaire de productions renouvelables et d’organisation territoriale ; autrement dit, d’intelligence collective aux différentes échelles de territoire : ce qui demande l’incontournable répartition raisonnée des espaces et des ressources, pour vivre bien. Son expression spatiale tombe sur le grand paysage, une entrée de surcroit apaisante sur le sujet. Pourquoi apaisante ?

Questions de grand paysage :

Bertrand Warnier

Curieusement, on ne va pas passer ses vacances dans des zones d’activités, ni dans les décharges pas plus que dans les villes laides. Il semble à l’inverse que les grands paysages attirent par leur beauté naturelle, agricole ou urbaine, font du bien. Si l’on admet que l’on passe le plus clair de son temps là où l’on habite, là où l’on travaille, le grand paysage de la vie quotidienne devient une question levier. Celui dont a besoin la mégalopole qui comprend ville et campagne nourricière alentour.

Bertrand Warnier

Questions de grand paysage.

Le mur climatique et la classe moyenne mondiale :

CO2.earth et agirlocal.org

Constat et enchainement logique : pourquoi est-il encore nécessaire de dire qu’il y urgence à prendre la menace climatique au sérieux ? Pourquoi les lobbies et leurs commanditaires sont-ils arcboutés pour bloquer toute réduction des émissions de gaz à effet de serre? Se détesteraient ils eux-mêmes et leurs enfants, au point de vouloir maladies et morts, inondations et cancers ? Ou alors croient-ils qu’ils sont protégés par leur argent ? Et si la nature humaine ne peut être changée, que faire ? Y-a-t-il une autre option que le développement d’intelligences stratégiques territoriales, contextualisées? Non ? Alors dans ce cas que reste-t-il à faire ?

Le mur climatique et la classe moyenne mondiale.

prochaine épisode : avant-propos

« La vie dans les métropoles au XXIème siècle »

Episode 12 : 3 Avant-propos

De nombreux experts et personnalités de tous horizons ont contribué à fabriquer cette préparation de l’atelier, à créer ce lieu magique qui pour un mois donne le pouvoir à deux douzaines de jeunes professionnels, pourvu qu’ils présentent de bonnes questions aux bonnes échelles de territoire et des idées pour agir à un jury international qui, si vous permettez l’expression, ne donnera pas sa part au chien.

Mais 3 personnes assument le rôle de pilotes, par délégation du comité d’orientation scientifique, qui vous l’avez compris, a mis lui aussi fortement et heureusement la main à la pâte. Ensemble, ils sont garants du contenu scientifique, autant qu’il peut l’être, de l’atelier. Alors il semble éclairant d’entendre ce qu’ont à dire ces trois pilotes de leurs intentions, en tant que personne, tel qu’ils l’ont écrit dans l’avant propos du document d’immersion, à l’adresse des participants : trois avant propos.

Fin d’un feuilleton pour l’été et début de l’atelier proprement dit qui commence mardi 3 septembre, avec un programme de visites chargé, des équipes de participants encore à constituer pour un travail collectif de ces jeunes professionnels dont, si l’on en croit les 36 précédents ateliers, ils se souviendrons le reste de leur âge…

Au pied du mur de la créativité

dessin Bertrand Warnier

Avec nos remerciements à toutes celles et ceux qui ont contribué à cette préparation.

 

« La vie dans les métropoles au XXIème siècle »

Episode 13 : Ouverture de session

C’est parti ; sans aucun recul, je vais tâcher de vous faire partager quelques moments de ce lieu de créativité que nous construisons année après année. Débordé, ce sera avec un décalage horaire…

Les participants sont arrivés lundi 3 septembre. Nous les avons accueilli au Fab’Lab de Cergy-Pontoise, au pied de la Préfecture, avec un pot; Un peu de vin pour goûter de la France.

La BBoite/ photo imv

Un mot sur ce Fab’Lab , une des conséquences opérationnelles de l’atelier 2015 sur l’économie de la connaissance ; Bastien qui en est le directeur était l’un des assistants de cet atelier; c’est un cergy-pontin pur beurre : il y est né et y a fait ses études. La Comue, le département, l’agglomération de Cergy-Pontoise et l’Europe (à 40%) ont financé ce lieu dont Bastien a porté la conception dans une démarche collective.

Revenons à la session : Ils sont finalement 20 participants seulement. De quoi constituer 4 équipes. Et c’est essentiel compte-tenu de l’ampleur du sujet. Nous aurions voulu 5 équipes mais cela n’a pas été possible, comme nous aurions aimé qu’ils puissent travailler 5 semaines plutôt qu’à peine 4 ; ce n’est pas le cas pour des raisons financières. Le montage financier de chaque atelier est un exercice difficile.

Au dernier moment, 3 participants nous ont lâchés. Le camerounais n’a pas eu son visa ; pourtant nous avons fait 2 ateliers à Bangui. Le continent africain ne sera représenté que par un égyptien, un syrien et une bahreïnienne. Dommage pour un continent dont la population va quintupler à 50 ans d’ici : une bombe démographique qui va créer des mégalopoles aussi peuplées que nombre de pays européens : 50 millions d’habitants et plus. Les deux autres n’ont pas donné signe de vie ; nous sommes sans nouvelles et inquiets pour l’une d’elle. Dans la liste d’attente, toujours établie pour faire face à ce genre de situation, ce sera un paysagiste français et une architecte-urbaniste et artiste, géorgienne, qui prennent la relève au pied levé.

Le lendemain, mardi, débute le programme de visite concocté par l’équipe. Objectif : arpenter le territoire de l’atelier pour le ressentir et pas seulement le connaître par dossier interposé.

Jour 1 : nous allons éprouver les transports en commun et les distances.


Le RER A, un matin ordinaire/ photo imv

Départ en train de Cergy-Pontoise, où résident les participants, jusqu’à la gare Saint Lazare puis métro jusqu’à République. Un arrêt dans le démonstrateur digital et start up de la RATP, tout nouveau partenaire, puis métro jusqu’au parc de la Villette que l’on traverse en tangeantant son musée des sciences et techniques.

Pantin,  les Moulins/photo imv

A partir de là, coupe en travers nord –sud : nous allons longer le canal, à pied, De Pantin jusqu’à Bobigny en traversant les opérations d’aménagement urbain de part et d’autre du canal.

Pantin, logements au bord du canal/ photo imv

Pantin logistique urbaine

Hélène a organisé les contacts avec ses anciens collègues aménageurs, à la manœuvre.

Pantin métro Raymond Queneau/ photo imv

Passage du canal sous pont

Surprise, après les opérations d’aménagement pantinoises, du graffiti au kilomètre, dédié au hip Hop sur les murs des anciennes usines : un festival.

Graffitis/ photo dmv

Vélo et joggers peuplent les rives, quelques SDF aussi.

SDF/photo imv

Arrivés au parc de la Bergère, déjeuner sur l’herbe puis rencontre dans la maison départementale du parc.

Maison départementale parc de la Bergère/photo imv

Véronique explique le calendrier de la session et le rendu attendu pour le jury ; puis les 3 pilotes se présentent, avant que la directrice de l’urbanisme de Bobigny ne présente la ville puis nous emmène la visiter, à pied : Rénovation urbaine, grignotage progressif de la dalle et gare du Grand Paris Express.

Tramway, chargé bien qu’il soit 16h, jusqu’à Saint Denis : un long travelling dans des quartiers populaires et industriels, un tissu urbain pour le moins hétérogène; traversée à pied du centre rénové par de grands noms de l’architecture dans les années 90, en passant devant la basilique. Marché et abords pleins de monde, dans des rues historiques ; pause raisin devant un marchand de fruits, ultime marche jusqu’à la gare de Saint Denis puis train jusqu’à Pontoise. 14km à pied pour un premier jour de parcours de la zone dense de la métropole.

Place de la gare à Saint Denis/ photo imv

De la place de la République, dans le centre de Paris, au parvis de la gare de Saint Denis ville, à quelques kilomètres du périphérique, il y a comme une différence.

Jour 2 : Mercredi, c’est le jour du lancement officiel de l’atelier.

Le matin, rendez-vous à la Sorbonne. Trajet en RER A cette fois, puis métro Saint Michel. La remontée du boulevard jusqu’à la cour de la Sorbonne offre l’occasion de montrer la flèche de la Sainte Chapelle, passer devant Cluny puis de rappeler Mai 68 dont on fête le cinquantenaire. Voitures et bruits suivis de calme et lieux historiques.

La Sorbonne de saint Louis héberge la chaire Entreprenariat Territoires Innovation qui nous accueille ; la directrice nous en explique les fondements puis les pilotes de 4 des 5 ateliers qui ont concouru à celui de cette année en résument les résultats. Transition écologique, économie de la connaissance, devenir des zones d’activité, ville inclusive, les enjeux et productions de 4 ateliers,-et de 2 post ateliers pour transition et ZA-, sont mis en lumière pour éclairer les participants. Manque celui de 2012 sur le Grand Paysage, Bertrand le présentera un autre jour.

Puis Carlos Moreno, directeur scientifique de la chaire expose avec passion sa vision : en substance, dans l’anthropocène, les mégalopoles vont prendre le pas sur les Etats-nation et c’est le moyen de sortir de l’impasse climatique. Les participants commencent à poser des questions, entre autres sur les moyens réels des métropoles de prendre le pas sur les Etats-nations. La mayonnaise est en train de prendre.

Déjeuner-sandwichs sur les marches de la cour de la Sorbonne, haut lieu de mai 68. Après la journée d’hier, les participants préparent par 2-3 les premières questions qu’ils veulent poser à nos partenaires et acteurs de la métropole. Puis métro pour Austerlitz et traversée à pied de la Seine. Traversée d’une gare en fonctionnement et en chantier ; Devant, l’alignement des tours de bureaux qui séparent la gare de Lyon de la Seine ; au fond la tour de l’horloge de la gare.

L’après –midi est plus formelle ; à la tribune, les partenaires des Ateliers et le président des Ateliers prennent position sur le sujet de l’Atelier : le département du Val d’Oise, l’agglomération de Cergy-Pontoise, l’Etat, l’EPA Marne la vallée, et l’Etablissement public foncier Île-de-France ; bientôt rejoints par Grand Paris aménagement et Arep (filiale à 100% SNCF).

Les questions ne manquent pas : expertise citoyenne, partage de pouvoirs, temps long subi des transports ; un intermède de la RATP qui expose son action culturelle pour changer la vision des voyageurs sur leur moyen de transport ; puis des questions sur la spéculation, les mesures prises pour devenir durables avec l’éclairage du plan climat de Paris zéro carbone, les modes de régulation des prix du foncier en particulier devant la disparition des surfaces agricoles, interdire pourquoi faire, la transparence des décisions, la distorsion du temps des projets et du temps des usages, la modification des modes de travail et l’évolution des transports à long terme, la gratuité des transports, l’économie circulaire, l’absence de données publiques des émissions carbone des communes ; le tout se finissant par une question à la tribune sur la façon dont ils comptent émettre zéro carbone, à temps. Revue de positions institutionnelles.

Puis 2 heures à 4, Solenne, Véronique, Simon et moi, pour concocter les équipes en respectant les équilibres : multidisciplinaire, multinational, multilangues français-anglais au moins, hommes-femmes, in design pour les rendus et multipersonnalités apparentes, en sachant combien l’eau qui dort peut réserver des surprises, agréables.

Retour à Cergy par le RER A.

 

« La vie dans les métropoles au XXIème siècle »

Episode 14 : Jour 3, coupe Nord –sud de la banlieue ouest, en car.

Cette fois, nous traversons la Seine à Conflans Ste Honorine, avec un coup d’œil sur les anciens terrains d’épandages, demain peut être port de Paris au confluent de la Seine et de l’Oise, aboutissement du projet de canal Nord Seine Europe. Puis passage par la forêt de Saint Germain, la gare de Grande ceinture, Marly et ses emprises routières démesurées limitées à 50km/h, Marly et feu sa machine à alimenter les eaux de Versailles, l’échangeur de Parly 2, A 86 2ème périphérique de l’ Île-de-France, puis A1O.

Arrivée à Massy côté quartier Vilmorin développé sur les anciennes fabriques de graines ;

Massy, quartier Vilmorin/photo imv

Un développement très urbain dans un territoire pour le moins labouré par les infrastructures routières, ferroviaires et électriques très haute tension et passablement marqué par une immense ZUP des années 50-60, peu soucieuse de la trame foncière agricole qui fait la marque des grands paysages réussis.

Massy-Palaiseau, le plateau ferré depuis la passerelle/ photo imv

Traversée de la passerelle de 200 m au dessus des voies ferrées et de la future station du Grand paris express,

Passerelle de la gare/photo imv

Puis en car pour l’autre côté des voies, le quartier Atlantis et son mode de transformation concertée d’une zone d’activité en quartier urbain, sans achat du foncier par la ville : une première, portée comme adjoint par l’actuel maire de la ville. Massy est à 10 km de paris par une coulée verte développée sur l’emprise de l’ancien projet de radiale autoroutière Vercingétorix qui aboutissait sur un échangeur en plein Paris sur lequel a été construit… la direction régionale de l’équipement Île-de-France.

Les gares de Massy-Palaiseau (2 RER, une TGV et demain Grand Paris Express) sont autant de portes d’entrée sur l’opération d’intérêt national Paris Saclay à l’émergence de laquelle les Ateliers ont concouru par un atelier en 2007. Il y était proposé de lier le plateau au réseau TGV et aux deux aéroports, au moment où un futur ministre rédigeait son rapport au premier ministre sur les pôles de compétitivité… Celui-là même qui a inventé le Grand Paris express. L’un de ses conseillers était dans l’atelier.

A l’issue du jury de l’atelier 2007, sur ce territoire alors sans nom, le Préfet DRE nous a demandé (à Bertrand et moi, alors son chargé de missions) une série de panneaux et d’analyses que nous avons préparé en 3 jours et 2 nuits, pour présentation à une douzaine d’élus clé du territoire. Il a été suivi d’un rapport au premier ministre et d’un concours international d’idées d’urbanisme et de développement durable que j’ai montés, sur instruction, depuis la Direction régionale de l’équipement Île-de-France, avec le concours de l’IAU. Toute une histoire qui a permis d’aboutir à un projet présidentiel et une loi pour créer l’établissement public d’aménagement de Paris Saclay, à la manœuvre depuis.

Traversée d’un territoire, bien habité, où se trouve le quart de la recherche française, « 11 agriculteurs et 11 000 chercheurs », marqué par Pierre et Marie Curie, l’énergie atomique, les universités d’Orsay, l’école Polytechnique, HEC et bien d’autres, les médailles Fields de l’institut de mathématiques, la ville nouvelle de Saint Quentin en Yvelines, Versailles, deux vallées riches, Bièvre et Chevreuse, et 300 ha de champs agricoles tout aussi riches au milieu, sur le plateau, désormais protégés.

Déjeuner sur l’herbe/ photo imv

Nous déjeunons tardivement sur l’herbe, au bord de la D 36,

Chateau de Versailles et avenue/ photo jmv

Avant de traverser Versailles, longer son château, goûter aux avenues et bâtiments versaillais.

La Défense/ photo imv

Direction la Défense où Hervé nous attend au pied des marches de la Grande Arche. Il a été un temps directeur adjoint de l’EPAD. Le changement d’échelle est brutal, de morphologie et d’ambiance aussi dans un quartier qui est moins dense que le Paris Haussmannien en dépit de ses gratte-ciel.

La vie au pied des tours/photo imv

Rapide historique,- les grandes entreprises de Paris voulaient grandir, dans une ville qui voulait garder sa morphologie Haussmannienne ; d’où ce quartier à la géologie apte à accueillir des tours, à 10 minutes des quartiers chics où résident les patrons de ces grandes entreprises. 150 000 emplois sur une centaine d’hectares et 90% de salariés qui viennent en transport en commun faute de pouvoir faire autrement.

Histoire de la grande arche, de la décision présidentielle, et renvoi sur le livre de Cossé qui conte remarquablement les péripéties de la construction dont Sprekelsen, qui a gagné le concours, ne s’est pas relevé.

Tour de l’esplanade, tours rénovées et augmentées moyennant un régime urbain « qui déroge au code de l’urbanisme par la négociation menée par l’EPAD, aujourd’hui EPADESA, confié depuis peu aux collectivités locales, présidé par le président du département ». Quelques logements sociaux historiques et retour vers la grande arche et Nanterre le long de l’axe historique qui aboutit à … à l’axe majeur de Cergy-Pontoise moyennant un petit angle sur l’île de Chatou.

L’axe historique à Nanterre/ photo imv

Anni versare de Mai 68 à Nanterre/photo jmv

Petit regret sur la possible transformation de la centrale à fuel lourd en centrale à bois qui pourrait être amené par la même voie ferrée : ce projet transformerait en une fois ce quartier d’affaires en quartier d’affaire durable, développeur d’emplois en région de forêt comme la Normandie ou le Limousin pour un approvisionnement à long terme.

Les Groues à Nanterre

Puis les Groues, friche en grande partie ferroviaire, sur Nanterre ; un regret en passant de vant la Folie : là une gare TGV aurait pu desservir La Défense, avec une gare RER Eole aujourd’hui sous le CNIT ; la plus grande voute du monde et la plus fine aussi périra-t-elle du creusement de la gare sous ses fondations ?

Yes we camp/ photo dmv

Buffet sur la nouvelle emprise temporaire de Yes we Camp, une formule dont l’invention se situe à Marseille, lors de Marseille capitale de la culture, avec un précédent directeur des Ateliers ; formule qui consiste à créer du lien social et de l’espace vécu avec des espaces en devenir comme la friche de l’hôpital Saint Louis à Paris. Une idée puissante, une économie fragile.

Sous un beau soleil, un verre à la main, nous en profitons pour annoncer la constitution des équipes, concoctées la veille.

Retour à Cergy.

« La vie dans les métropoles au XXIème siècle »

Episode 15 : Jour 4, Grand bassin parisien et plus : Vendôme et Blois

Cette fois, c’est RER avec les premiers qui vont au travail à Paris à 5h30 ; tapis roulant de la gare Montparnasse qui a été reculée de 200 m dans les années 60 pour faire la tour du même nom mais les lignes de métro n’ont pas bougé…

Tapis roulant du métro à Montparnasse/ photo imv

Puis TGV à Paris-Montparnasse. 45 minutes plus tard, Marie-Marie nous accueille à Vendôme. En bus il faut encore un quart d’heure pour être au centre, 15 000 habitants. Bilan : de Cergy à Vendôme, 2 fois plus de temps en transport en commun que pour le trajet TGV.

Le Loir à Vendôme

Petite ville de qualité qui fait dire à l’un des participants : « je n’en n’avait jamais vu comme ça en vrai, seulement dans mes jeux video». Il est vrai que la rue principale, les bras du Loir et l’ex collège de Balzac mettent la barre assez haut.

Vendôme rue piétonne/photo imv

Visite de l’ex caserne : Vendôme vient de signer avec Louis Vuitton : 150 emplois de petites mains, recrutées localement, dans le plus beau bâtiment de la ville. Passage dans le musée qui abrite une copie de … la Joconde. Politique du ministère de la culture.

Puis le château tout en haut pour la paysage vendômois, ses toits d’ardoise, ses coteaux et son histoire.

Vendôme vue de la terrasse du château/ photo imv

Marie-Marie nous emmène chez elle, l’ex parisienne : une maison de 220 m2, au bord d’un bras du Loir, pour le prix de son appartement parisien de 60 m2 il y a 10 ans. Choix de vie avec les 3 enfants du couple.

A midi, pause déjeuner au théâtre de la ville. Beau bâtiment et programmation visiblement à la même hauteur. Exposé sur les raisons de l’implantation d’une gare TGV, en gros la gare contre le passage de la ligne dans les vignobles. Loin de la ligne existante, dommage pour l’intermodalité TER-TGV. Le maire nous reçoit : forces-faiblesses du territoire/ 3 millions d’habitants en Région Île de France, vous en prenez un peu ?/ le changement climatique, vous faites quoi ? Trop peu de temps pour des questions que le maire aurait voulu plus développer avec les participants.

La Loire à Blois et l’escalier Dens Papin/ photo imv

Car pour Blois, arrivée par les berges face à la ville. Toits d’ardoise et morphologie historique. Nous sommes accueillis par Bruno, directeur du conseil architectural, environnemental et urbain, bientôt en charge de la mission Loire. 230 km de rives, classées au patrimonial mondial de l’Unesco. Traversée du pont Gabriel et visite à pied de la vieille ville : contournement de l’escalier Denis Papin qui marque le dénivelé vallée-plateau, arrivée sur le marché aux grains puis descente vers le futur centre au pied du château aux arbres plus que centenaires et remontée à travers le jardin dessiné par Gilles Clément.

Blois, jardin Gilles Clément et cinéma les Lobis/photos imv

Arrivée à l’école du paysage de Blois dont la principale caractéristique est d’enseigner aussi les connaissances en matière de développement durable. Reçus par Lolita, sa directrice nous écoutons un exposé de l’observatoire de l’économie et des territoires sur les actifs qui habitent l’axe ligérien,-d’Orléans à Saint Nazaire-, et vont travailler (pas tous) chaque jour en région Île-de-France. L’axe ligérien, c’est 3,8 millions d’habitants et 1,5 millions d’emplois ; 1% des actifs vont travailler en région Île-de-France, peu en relatif mais une masse significative en valeur absolue: 15 000. Puis Lolita détaille les enseignements et travaux à l’école avant un échange qui se clôt par une question ; pourquoi n’avons nous pas de 5ème année dans les ateliers : question de calendrier scolaire que Lolita propose d’examiner avec nous.

Blois depuis la terrasse de l’école du paysage, au loin la Sologne/ rampe à vélo à la gare/ photos imv

Montée sur la terrasse d’où l’on peut voir l’ensemble de la ville, ZUP et usine de traitement des déchets incluses, la Loire et sa digue désormais insuffisante avec le changement climatique et la Sologne proche, forêt privée qui ne cesse de s’agrandir.

Retour en TER par la gare de Blois et sa drôle de rampe à vélo, jusqu’à la gare d’Austerlitz et en RER A jusqu’à Cergy.

« La vie dans les métropoles au XXIème siècle »

Episode 16 : Jour 5, Marne la Vallée ou la Seine de Cergy au Havre ?

Faute d’un nombre de jours suffisants pour cet atelier, nous avons demandé aux équipes de se répartir en deux groupes : l’un va aller à Marne la Vallée, pris en charge par l’EPAMarne, l’autre va aller jusqu’au Havre.

Je ne suis ni de l’un ni de l’autre pour être présent à la journée des associations et tenir le stand du pacte finance climat proposé par Jean Jouzel et Pierre Larrouturou. Pour faire court, je vous renvoie à un deux pages qui résume cette proposition pour écarter la menace climatique et financière et son calendrier de décision : http://agirlocal.org/pacte-finance-climat/

Cergy, journée des associations, 300 stands/photo imv

Sur le stand, le maire de Cergy passe, le président de l’agglo et le député d’une des deux circonscriptions qui couvrent Cergy-Pontoise : 200 000 habitants, 100 000 emplois et 27 000 étudiants. De quoi entreprendre avec le PNR du Vexin mitoyen le changement du métabolisme de ce territoire : productions et consommations locales, flux entrants et sortants de personnes, de marchandises, de connaissances et d’argent pour un territoire zéro carbone. A suivre.

Marne la vallée :

Texte Solenne

Mathieu Monier (chef de projet attractivité économique et territoriale, EPAMARNE) et Noémie Bernard (directrice adjointe de la stratégie, EPAMARNE) nous ont guidés durant la journée de visite de Marne la vallée. Le parcours réalisé a permis de faire découvrir aux participants les différents secteurs de la ville nouvelle, son histoire et les différentes typologies d’urbanisme présentes sur le territoire.

 Plan de la visite Marne préparée par l’EPAMarne/ photo Solenne

Nous avions choisi un itinéraire nous permettant de mettre en avant les caractéristiques majeures du territoire :

– un territoire initialement organisé en 4 secteurs, entrecoupés de plaine et d’espace paysagé, selon un axe Est/Ouest de 30km: de la zone dense à la zone périurbaine.

– un développement dans le temps : des secteurs identitaires de différents âges de la ville

– un territoire structuré autour de l’autoroute et du RER A : une saturation évidente à questionner, des anciennes emprises d’autoroute reléguées à l’urbanisation future

– des disparités sociales évidentes selon les secteurs.

– une présence de bourgs historiques à valoriser :

  • conservé dans l’extension de l’urbanisation (Val d’Europe)
  • conservé dans leur totalité et leur ampleur ( Lagny sur Marne)
  • conservé dans leur caractère rural (Jossigny)

– un paysage d’une grande qualité, proche de la cité jardin à grande échelle. La Marne est peu visible mais la topographie et les différents bassins de rétention aménagés avec une grande qualité mettent en avant cette géographie remarquable

– un axe de développement fort autour du tourisme : présence de Disney dans le secteur 04 plus des commerces à destination des touristes étrangers plus un nouveau parc village nature

En bus nous avons parcouru l’ensemble du territoire, trois balades à pieds nous ont permis de nous interroger plus précisément sur les modes de vie futurs :

– Secteur 01: Héritage et avenir de la ville nouvelle et projet d’envergure lié au Grand Paris Express

Point01, Noisy le grand et Point 02, Marne Europe

– Secteur intermédiaire : Pole d’excellence en devenir “au delà des frontières parisiennes”

Point 04 : cité Descartes, le cluster de la ville durable

– Secteur 02 : la cité ouvrière et le futur départ de Nestlé

Point 05 : Noisiel et Point 06 : Repas dans le parc – locaux de l’Epamarne

– Secteur 03 : Entre la ville résidentielle, le bourg rural et la plaine agricole

Point 10 : Explosion démographique de Bussy St Georges et l’éco quartier du Sycomore

– Secteur 04 : Le tourisme comme axe de développement

Point 12 : le Val d’Europe, l’intensité urbaine à 30 km de Paris

La vallée de la Seine de Cergy au Havre (2x200km)

Texte Paulina et Bertrand

Les quartiers de Cergy en bus, arrêt sur l’Axe Majeur : mise en valeur de la géographie, panorama sur un vaste paysage perçu comme une grande forêt dont l’horizon se limite à Paris et à La Défense.

L’axe majeur à Cergy, au loin, la Défense/ photo imv

Traversée du parc régional du Vexin français, passage sur la rive gauche par le pont de Meulan, seul lien entre les deux rives de la Seine au sortir de la A13, avant de longer Mantes, et de passer à coté de la ville nouvelle du Val-de-Reuil. Celle-ci a été choisie au détriment de la ville nouvelle de Mantes en région Île-de-France.

Val de Reuil/ photo imv

Traversée des trois ponts viaducs (à 35 mètres au dessus de la Seine) de Brotonne, de Tancarville et de Normandie. Arrêt intermédiaire le long de la Seine dans le parc régional des rives de Seine. Passage le long de la raffinerie de Notre-Dame de Gravenchon avant le port du Havre (plus grand port de containers de France).

Pont de Normandie/ photo jmv

Visite du port en bateau; port pétrolier; escale pour bateau-immeuble de croisière; centrale thermique au charbon; 85% des marchandises vont vers l’intérieur par camion, 10% par train, 5% par voie fluviale; le port et les zones d’activités potentielles occupent une surface d’environ 10 000 hectares.

Grues du port du havre/ photo Bertrand et Paulina

La ville du Havre: reconstruction par Auguste Perret après 1945, utilisation du béton armé pour des habitats mixtes, beau compromis entre les idées du mouvement moderne et des valeurs traditionnelles (composition urbaine et continuité du bâti).

Perret et le vieux port/ photo imv

Retour sur la rive droite par le pays de Caux. Celui-ci est doté d’une organisation agricole exemplaire de haies brise-vent constituées de clos-masures de nature à favoriser les rendements agricoles; la modernisation de l’agriculture les a considérée comme obsolète avant de commencer à reconnaitre aujourd’hui l’intérêt qu’elles représentent.

Pays de Caux vu d’une falaise/ photo imv

Regard rapide sur Rouen et sa cathédrale, son port, ses industries et sa raffinerie. Commentaire sur l’absence du TGV entre Paris et Le Havre, traversée du Vexin normand et du Vexin français avant retour a Cergy.

Cet itinéraire a permis de mesurer les équilibres entre les zones rurales, naturelles, les zones habitées et les parcs d’activités. Les visites ont permis de confronter les visions sur les modalités de reconstructions après la seconde guerre mondiale avec les exemples d’urbanisme qui s’appuient sur les structures anciennes: Évreux, Amiens, Reims mais aussi Dresde, et celles du Havre qui se sont construites sur un dessin entièrement nouveau.

Evreux juste après la reconstruction/ photo imv d’après livre d’Hervé Dupont

Une digression a été faite sur le reconstruction de Vienne après la première guerre mondiale (Vienne la Rouge) où la volonté politique a conduit a donner la priorité au logement social et de tous les équipements et services qui les accompagnes et de la faire avec des architectures de qualité : reconnues aujourd’hui puisqu’elles sont classées au patrimoine de l’UNESCO, tout comme la reconstruction du Havre.

« La vie dans les métropoles au XXIème siècle »

Episode 17: Jour 6, Au sud-est, Montereau et la Bassée

Louis nous avait demandé: « on ne va pas dans le sud-est de la région ?  La Bassée est un trésor de biodiversité. » Et il s’est proposé pour organiser cette dernière visite avant que les participants ne se mettent à produire.

En bus donc, direction Melun pour prendre les sudistes qui nous attendent à la gare. Puis direction Balloy, commune de 335 habitants où nous sommes reçus par le maire, le président de l’intercommunalité (24 000 habitants), celui de la réserve naturelle et Camille, sa directrice. Et aussi par la femme du maire qui a préparé le café et des gâteaux.

En quelques mots, le décor est planté : déficit d’emplois et d’attractivité de ce territoire rural, manque de formation de la main d’œuvre locale, peu de besoin de main d’œuvre agricole.

Ferme traditionnelle et port céréalier de Bray sur Seine/ photo jmv

Le projet de Seine à grand gabarit est majeur pour améliorer le transport de marchandise, fait aujourd’hui par camion : céréales et sablières. L’intercommunalité centre ses efforts sur Bray sur Seine et son port. En vue une usine de préfabrication pour le Grand Paris Express.

Engrais et paysages/ photos imv

La réserve, elle, est exceptionnelle : la forêt alluviale recèle un trésor, une vigne alluviale qui pousse dans la canopée ; l’ancêtre de la vigne domestique. Les prairies humides ont longtemps nourri moutons, vaches et … chevaux de la garde nationale de Paris. La réserve compte 834 ha,

L’entrée du sentier découverte et la vigne mère/ photos imv et J Schwartz

Un sentier découverte, un observatoire à oiseaux, un festival, des formations, une appli éco-ballade, Camille expose le plan d’action à 5 ans de la réserve : apporter une expertise technique au delà de son périmètre. Puis, à défaut de voir la réserve, inaccessible par la route, Camille nous met l’eau à la bouche avec des photos qui donnent envie de revenir avec enfants et petits enfants, avec du temps pour la voir, à pied.

L’eau, ressource naturelle, y est pompée sans vergogne comme partout ailleurs, gratuitement, sans contreparties, nous dit le président. Cette attitude ne passe plus ici, ce sera désormais avec contreparties. Un plan local d’urbanisme intercommunal est lancé, chronophage mais arme de cette nouvelle attitude. Il visera à développer une première transformation des graviers et le chanvre, celui qui sert à isoler les bâtiments ; le tourisme aussi par exemple contre la retenue d’eau de 300 ha voulue pour réguler la Seine, la formation des populations avec. Il est tout autant hors de question de prendre des terres agricoles, une commission y veille, les débats y sont musclés. Quand aux néo-ruraux qui arrivent, ils ne se contentent plus de vouloir sauver les écoles, ils veulent des services, urbains… D’où la maison médicale à Bray sur Seine. Et le besoin de télétravail donc de fibre optique sur tout le territoire.

Un tour en car donne un aperçu du territoire, de ses paysages et de son patrimoine, de ses infrastructures et de ses productions, de sa vie. L’abbaye en cours de restauration par ses propriétaires privés, le silo qui va être démoli, la moissonneuse-batteuse qui a brûlé pour cause de canicule, la poste partie, (un employé de mairie fait fonction), le port et la maison médicale.

La moissonneuse batteuse a brulé lors de la canicule/photo imv

A la question, l’INSEE estime à 3 millions le nombre d’habitants supplémentaires à venir en Île de France, vous en prenez un bout ou pas ? Le président répond : « nous ne souhaitons pas être une banlieue parisienne mais nous voulons rendre notre territoire attractif. »

Au retour, déjeuner sur l’herbe, sur le parvis de l’église Sainte Héracle/ photo imv

Puis direction Montereau.

La Zac de la sucrière et une gravière/ photos imv

Une halte technique à l’entrée de la ville donne l’occasion de voir la ZAC de la sucrerie, aujourd’hui disparue. Une traversée rapide du Montereau historique pour monter sur la plateau où la ZUP a été en son temps étalée, à 90 km de Paris. Choc. Bertrand a tenu à nous la montrer. C’est ce que le schéma directeur de la région parisienne de 1965 a arrêté.

Le château de feu, le centre commercial et le château d’eau/ photos imv

Un projet d’envergure qui a sombré, comme beaucoup d’autres, monté avec une mécanique infernale : le chemin de grue, le chauffage urbain, le centre commercial, pas d’emplois ni de moyens de transport et un vocabulaire délirant pour habiller le tout. Ce qui a conduit Delouvrier à faire confiance aux jeunes professionnels de l’époque pour dessiner leur propre avenir et mettre de côté les grands prix de Rome qui sévissaient.

A l’approche de Montereau et tour de ZUP/ photos imv

Reste que depuis plus d’un demi siècle, les maires successifs ont du se mobiliser au delà du raisonnable pour réparer autant que faire se peut une faute ou vit le tiers de la population de Montereau : à l‘écart des aménités de la petite ville, de ses moyens de transport, sur le plateau, face aux champs.

Route et rues/ photos imv

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