ignorer le co2 pour agir ?

Nous fonçons à l’aveuglette sur le mur climatique

Les gouvernements savent qu’à lois, subventions, incitations constantes, une famille, un entrepreneur, un élu local, peuvent émettre du simple au double de CO2 : les comportements d’achat,-voiture, frigo, chauffage, nourriture-, comme les habitudes,- vacances au loin, achats et produits de l’entreprise, cantine et chauffage des écoles par exemple-, sont déterminants. D’autant plus que l’on en ignore les conséquences.

Que l’on se sente responsable, citoyen, entrepreneur, élu, et prêt à changer de comportements et d’habitudes ou que l’on ait la tête ailleurs, force est de constater que l’information est le maillon faible du dispositif : trop ou trop peu, sectorielle ou biaisée à dessein par les lobbies, elle n’est jamais à la fois globale, claire et opérationnelle. Nous sommes dans l’ignorance de nos émissions de CO2, traduites en termes de vie quotidienne (kWh, essence…).

Nous marchons à l’aveuglette tout en sentant plus ou moins le danger d’agir ainsi.

Même si l’on n’a pas la tête ailleurs, nous sommes empêchés d’agir efficacement à notre niveau pour contrer le changement climatique.

Dés lors, faut-il s’étonner que la plupart des acteurs locaux motivés ne voient pas d’autre issue que dans la revendication ?

Et les autres, ceux qui prennent des initiatives locales et les poursuivent contre vents et marées, faut-il s’étonner qu’ils tapent parfois à côté de la plaque, faute de pouvoir mesurer la partie de leur action dans le tout de nos émissions ?

Dans ces deux cas, la frustration est garantie. Dans tous les cas nous fonçons à l’aveuglette sur le mur climatique, gouvernants et gouvernés.

Pourtant l’outil d’information global existe en France : le bilan carbone calculé à la commune a été construit pour cela il y a maintenant plus de 10 ans, le bilan au foyer il y a plusieurs années. Mais ils ont disparu du site de l’Ademe où ils ont pourtant été financés par nos impôts. Pire le bilan carbone à la commune n’a jamais été calculé pour les 36 000 communes de France.

Imparfait il ne permettait ni comparaison d’une commune à l’autre, ni addition de la commune à la région. Ces défauts ont été corrigés par l’ex direction régionale de l’équipement Île de France, il y a 10 ans, pour un coût dérisoire, mais en Île-de-France seulement.

Passons sur ce qui a conduit à cet état de fait.

Un bilan CO2 fournit par l’Insee, à la commune

Si les données publiques sont celles qu’un pays se donne pour se gouverner,-la population, l’emploi, et bien d’autres données fournies par l’INSEE-, alors, faute de données publiques, nous sommes aveugles à ce qui provoque le changement climatique, nous ne nous gouvernons pas pour y échapper.

30 millions de ménages, 5 millions d’entrepreneurs et 500 000 élus locaux n’ont pas l’information minimale nécessaire pour écarter la menace climatique, là où ils vivent, c’est à dire là où ils peuvent en décider.

Pour changer nos comportements et nos habitudes, trouver le chemin économique et social de la transition, dans le plaisir de vivre, de la COP 21 à la commune et de la maison à la planète, nous avons d’abord besoin de savoir où nous en sommes en matière d’émissions, chez nous, là où nous vivons, là où nous décidons ; nous avons ensuite besoin de compter carbone, à chaque achat, quotidien ou exceptionnel, à chaque prise de décision, seul ou ensemble.

Le bilan des gaz à effet de serre, public, gratuit, est bien le point de départ pour contrer en connaissance de cause, chacun à notre niveau, la menace climatique. Le calculateur au foyer est bien le moyen de compter carbone aussi facilement que nous comptons en euros.

Et si compter carbone demande un minimum d’effort,-comme en voyage lorsqu’il faut apprendre à se servir de la monnaie du lieu-, cet effort vaut la peine : économiser du CO2 économise des euros, augmente le pouvoir d’achat que l’on peut réinvestir dans le renouvelable, pour vivre mieux.

Vivre mieux, c’est bien ce après quoi nous courons tous ?

Proposition :

Le bilan des émissions de gaz à effet de serre à la commune, en responsabilité, est fourni par l’INSEE ; il détaille les 4 postes clé sur lesquels agir : la nourriture, les bâtiments, les déplacements et l’énergie. Il en fournit les éléments de calcul, kWh et sources d’énergies, entre autres. Il est simplement additionnable de la commune à la région.

Le calculateur au foyer est rétabli puis amélioré.

Compter, penser et agir carbone

Au delà de cette information minimale, nous ne sommes pas organisés à l’échelle du pays pour agir efficacement. Pour « faire confiance aux territoires, à la société et aux acteurs pour se transformer » comme dit le président de la république, l’expérience montre qu’il manque un cadre et des outils pour agir.

Lesquels ?

Chemin faisant, compter carbone les a mis en lumière : progressivement, à compter carbone, on se met à penser carbone, c’est à dire à penser hors du cadre de nos habitudes.

Cette façon de penser hors du cadre fait émerger des projets efficaces, du quartier à la région. Par exemple :

  • isolation groupée de logements qui augmentent leur confort et diminuent leurs coûts de chauffage en maîtrisant les investissements,
  • chauffage urbain aux énergies renouvelables qui stoppe les hausses de charges locatives, réduit le déficit du commerce extérieur et de ce fait augmente l’emploi non délocalisable
  • tiers lieux qui réduisent les temps de transport et les transports bondés; par exemple.

Mais arrivés là, l’expérience montre que nous nous heurtons au besoin de cadre et d’accompagnement, de la part des pouvoirs publics, pour mener à bien ces projets efficacement, à la vitesse nécessaire, et permettre de les reproduire sur d’autres territoires, sans avoir à les réinventer :

  • Devant la technicité de certains projets mais aussi devant les 6 étages de gouvernants, de la commune à l’Europe, il manque une ingénierie publique, tiers de confiance, apte à articuler les initiatives de terrain et les décisions des gouvernants.

Ce tiers de confiance a un autre avantage, clé : il est le chainon manquant de nature à construire une démocratie dans l’action. Cette forme de démocratie, fondée sur les projets des habitants, des entreprises, des élus locaux est par construction permanente ; elle n’est ni intermittente comme la démocratie représentative, nécessaire, ni ponctuelle comme le référendum d’initiative citoyenne : voir cette contribution au grand débat : http://agirlocal.org/tiers-de-confiance/

  • Une vitrine à projets efficaces apparaît tout aussi évidente pour ne pas réinventer l’eau chaude aux 4 coins du territoire. Cette idée a été en particulier développée dans le rapport du groupe de travail « transition » des partenaires de la mission de préfiguration du Grand Paris.

Le tiers de confiance aurait tous les moyens pour l’organiser. http://agirlocal.org//wp-content/uploads/sites/15685/2016/02/Rapport-Groupe-transition-Conseil-des-partenaires-13-10-2015.pdf

  • Et bien sûr le nerf de la guerre, le financement, tel que proposé par Jean Jouzel (ex Vice-président du GIEC) et Pierre Larrouturou, économiste : un financement sans endettement de l’Etat, adossé à la création monétaire, à l’Europe, pour financer l’économie réelle des projets de développement durable.

Ce pacte a lui aussi un effet supplémentaire on ne peut plus décisif : rendre l’Europe désirable ;

en 2 pages, http://agirlocal.org/pacte-finance-climat/

la Seine as a park system

Un rituel ancien des Ateliers de Cergy est de susciter des contributions extérieures de partenaires intéressés par le thème de l’année: cela a été le cas avec Stockholm, Barcelone, Gdansk, Wageningen, Édimbourg, Rome mais aussi Tokyo, Sao Paulo, Berkeley…d’autres encore.

Cette année c’est avec Chicago qu’il y a eu des apports marquants avec Philip ENQUIST, SOMChicago, membre de l’AMERICAN INSTITUTE of ARCHITECTS, Drew WENSLEY, Architecte Paysagiste de TORONTO (Moriyana et Teshima Planners) et Meiring BEYERS de HAMILTON Ingénieur, Klimaat Consulting & Innovation. Ils ont été réunis sous l’appellation «CHICAGO TEAM».

Impliqués dans différentes Régions du Monde sur de très grands territoires avec des approches qui cherchent à prendre de vitesse les «sauvageries» de plus en plus radicales de la planète.

Ce qui consiste à redonner toute sa place à la nature.

Celle-ci s’impose, de toutes façons, avec une force inattendue partout dans le monde.

En «central europe the average temperature will be 5°C warmer by 2100» et l’augmentation prévisible des précipitations devrait être de 15 à 25%)

Donner toute sa place à la nature c’est prendre la Seine dans tout son parcours de la source à l’estuaire avec tous ses affluents.

Donner toute sa place à la nature c’est pouvoir imaginer «THE SEINE RIVER as a NATIONAL PARK».

C’est une VISION dont le fondement est la bonne santé environnementale, base de tout le reste : l’économique, la mobilité, la qualité de vie.

C’est une autre manière de faire de la planification : à savoir une prise en compte – en préalable – des éléments premiers que sont l’EAU, l’AIR, la TERRE et l’ESPACE.

L’EAU

 

Le bassin de la Seine, des sources au Havre

C’est l’ARBRE de VIE d’une Région Urbaine de 18 ou 20 millions d’habitants – dont 12,2 millions de l’Ile de France -. C’est la dimension géographique (carte 1) d’un vaste réseau hydraulique: l’EAU c’est la VIE, la survie, la richesse d’une région favorisée.

Il faut donc en assurer la préservation, c’est un BIEN à PROTEGER.

Il faut aussi S’EN PROTEGER: les prouesses techniques ne sont plus suffisantes, celles des bassins de retenue, des digues… L’ingénierie seule, c’était l’apanage du XXème siècle.

Aujourd’hui, pour être à la bonne mesure, il faut en revenir à l’unité écologique de base à savoir la goutte d’eau (carte 2). C’est par la retenue à sa source dans tous les petits vallons, rigoles, étangs, marais et même les labours que seront protégés toutes les installations humaines existantes le long des cours d’eau et notamment à Paris et ses alentours.

La TERRE

Aucune ville ne peut vivre sans campagnes: l’agriculture urbaine est à privilégier mais ne pourra satisfaire qu’une partie très réduite des besoins des grandes concentrations urbaines. Les terres arables des «pays» qui jalonnent la Seine doivent être sacralisées et classées en réserves agricoles (voir J. Viard).

Elles contribueront à dessiner ce GRAND JARDIN du Bassin de la Seine.

L’agriculture sera présente sous toutes ses formes à commencer par les besoins nourriciers des populations des territoires les plus proches. Et la terre c’est aussi les jardins, les potagers et les maisons qui les accompagnent.

Un bon jardinier sait mettre les végétaux dans des situations de bonne entente: il n’y a pas de raisons pour qu’il n’en soit pas de même avec l’habitat: les zoos animaux se sont débarrassés de leurs vieilles cages: les directeurs des zoos humains, confrontés à des explosions de population doivent aussi voir les conditions dans lesquelles trouver des réponses à une joyeuse vie future (cf. D. Morris).

On ne peut pas prétendre, simplement parce qu’il y a plus de gens et qu’il faut les loger, qu’il n’y a qu’une solution: les citoyens harassés demandent que soient prises en considération les exigences fondamentales des comportements de chacun.

L’AIR et l’ESPACE

Le citadin ne peut plus vivre sans AIR PUR: c’est ce qui manque dans les espaces surdensifiés et Paris en fait partie. Pour s’en convaincre il suffit de regarder les quartiers privilégiés du quart sud-ouest des faubourgs de Paris qui sont composés pour moitié de leur surface de forêts domaniales, donc un environnement garanti.

Si on compare avec Paris intramuros et à superficie égale, il y a un peu plus de 300 000 habitants au lieu de 2,2 millions qui bénéficient de cette situation avantageuse (carte3). Au delà du périphérique parisien c’est le seul territoire qui bénéficie de ces qualités. Pour tout le reste de la couronne urbaine considérée comme étant celle du grand Paris, sont préconisées les densifications capables de répondre aux extensions nécessaires pour satisfaire aux besoins.

La ville sur la ville… c’est une belle formule: on continue à enfermer Paris dans une ceinture radioconcentrique, c’est à dire dans une logique de développement à court terme. Force pourtant est de considérer que cela ne pourra pas se répéter à l’infini: une troisième puis une quatrième couronne qui s’imposeraient de la même manière seraient suicidaires.

Heureusement pour les pouvoirs publics cette manière facile de faire se heurte aux périmètres des Parcs Naturels Régionaux (carte 4): ceux-ci constituent la véritable ceinture verte de la Région Ile de France et sont donc un frein à la sur-concentration: il y a un moment où il faudra sauter le pas.

C’est ce qui serait légitime pour tout citoyen «métropolitain». La vraie dimension métropolitaine est celle qui permet de choisir de vivre en ville ou à la campagne, de vivre dans un environnement de qualité.

Or il se trouve que c’est une voie possible compte tenu des transformations rapides liées aux nouvelles technologies, aux nouvelles mobilités, aux nouveaux modes de vie, aux aspirations de chacun.

Pourquoi ne pas y penser dès à présent?

Y aurait-il un obstacle: celui des eaux troubles de nature territoriales politiques et administratives?

A GREAT PARK SYSTEM

On ne peut pas vivre sans nature, sans insectes, sans sa «bulle» c’est à dire son living-room personnel – comme en dispose la plupart des animaux -. Il faut donc INVERSER les PRIORITES (carte 5) :

On ne peut pas vivre non plus sans ressources.

Le grand parc que serait le Bassin de la Seine offre cette possibilité: disposer d’un grand canal – celui de la Seine jusqu’à Paris avec ses potentiels économiques.

Ce grand parc serait doté de grandes pelouses que sont les espaces agricoles protégés et prioritairement les espaces nourriciers.

Dotés aussi de grandes forêts et les nombreux taillis – les arbres isolés et bosquets d’un parc-. Il est ponctué de toutes ces villes et bourgs mais aussi de villages normalement équipés – les kiosques et bâtisses diverses-.

De grandes voies – les allées du parc – sont déjà tracées et adaptées aux nécessités fonctionnelles mais aussi à la qualité des lieux; d’autres sont à inscrire.

L’avantage d’un grand parc c’est qu’il évolue au cours des saisons, qu’il se transforme d’une manière organique c’est à dire qu’il s’adapte aux nouveaux besoins sans altérer le caractère des endroits.

C’est vrai cependant qu’il doit être géré par un «bon horloger» qui ne s’intéresse pas qu’à la mécanique et au commerce mais au plaisir des sens et aux qualités esthétiques de l’objet.

ET APRES?

IL EST VENU UN JARDIN CETTE NUIT

QUI N’AVAIT PLUS D’ADRESSE

UN PEU TRISTE IL TENAIT POLIMENT

SES RACINES A LA MAIN

POURRIEZ VOUS ME DONNER

UN JARDIN OU J’AURAIS

LE DROIT D’ETRE JARDIN

 

Ces quelques mots – du Jardin Perdu de Claude Roy – sont bien représentatifs de l’embarras des temps présents.

Ils ont une valeur allégorique mais aussi poétique d’un MONDE EN ATTENTE.

Reste à savoir s’il y a une écoute quelque part et une VOLONTE de FAIRE.

 

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restitution atelier”la vie” à la CDC février 2019

Le 13 février 2019, nous avons restitué l’atelier “la vie dans les métropoles au XXIème siècle” à la Caisse des Dépôts et Consignations, à Paris.

Le texte de la restitution ( 4 pages) : 20100213 texte restitution atelier la vie à la CDC

Le ppt de la première partie: deux ans de travail d’une centaine d’experts: constats et questions: CDC constats et questions réduit.pptx

Le ppt de la deuxième partie: un mois de de travail de 21 jeunes professionnels de 13 nationalités différentes: CDC propositions et jury light.pptx

La présentation de Bertrand Warnier “the Seine as a park system“, coproduite avec la Chicago team invitée à l’atelier.

Tiers de confiance

Prenons un pays à 6 étages de gouvernement, de la commune à l’Europe, au hasard, la France. Supposons que plus personne ne sache exactement qui fait quoi, qui est responsable de quoi.

Supposons que les citoyens ne sachent plus à qui se vouer, que les crises s’additionnent, sociales, environnementales, financières, économiques. Supposons que ces français se mettent à s’entredéchirer avec toute l’énergie dont ils sont capables, se désespèrent de ne pas trouver un responsable en face d’eux.

Y aurait-il une solution qui ne commence pas par « il faut supprimer, dégager etc… »

Y aurait-il un lieu où se retrouver, français et gouvernants, là où nous vivons c’est à dire là où nous pouvons en décider pour sortir de ce pétrin ?

Pas pour débattre et repartir chacun dans son coin, non, pour construire des projets ensembles, pragmatiquement, dans la durée : les 6 étages de gouvernants et les français.

Admettons que nous construisions ces lieux, mais pour faire quoi précisément ?

Supposons que la crise écologique, diabolique, surplombe toutes les autres, diabolique parce qu’elle se présente sous des dehors agréables ; que ne ferions nous pas pour un rayon de soleil ? Diabolique parce que meurtrière.

Alors, pourrait-on s’organiser pour construire des projets de transition, pour écarter la menace climatique et avec elle traiter les 3 autres crises ?

Il semble que oui.

Economiser du CO2 donne du pouvoir d’achat avec lequel on peut investir dans le renouvelable, le bien-être, diriger la création monétaire sur l’économie réelle plutôt que sur la finance casino (la création monétaire c’est la planche à billet ; dans sa version branchée le quantitative easing, ça fait tout de suite mieux). Avec cette redirection, nous pouvons réduire le risque de crise financière et créer de l’emploi, du qualifié et du pas qualifié, de la croissance de bien-être, durable. Et voir pousser tout ça sous nos yeux.

Cela semble mériter examen, par exemple à l’occasion d’un grand débat national.

Il y a une condition : augmenter notre intelligence collective qui est aujourd’hui du niveau d’un banc de moules à marée basse : les français (tous des incapables, je ne vais plus voter, je ne fais pas de politique) ? Le maire (il dit que cela devient ingérable) ? Le président de l’intercommunalité (c’est quoi?) ? Le président du conseil départemental (il n’est plus général ?) ? Le président du conseil régional (la petite ou la grande région ?) ? Le président de la république (il dit qu’il a besoin de nous)? Le président de l’Europe ? (ah non, il n’y en a pas vraiment).

Bon, il n’existe probablement pas de solution miraculeuse mais créer des organismes publics territoriaux, opérationnels, transverses aux 6 étages, tiers de confiance qui incarnent cette intelligence collective, peut contribuer à rétablir du lien, de la confiance, dans l’action menée ensembles ; pas avec des discours, mais bien avec des actes, au plus près du terrain. Pas seuls.

Car pour agir ensembles, nous avons besoins de gens qui savent, agissent en mode projet, soient capables d’aider les acteurs de terrain, les citoyens à monter leurs projets ensembles. Autrefois, sous une autre forme et à destination des seules communes cela s’appelait l’ingénierie publique. Les maires lui faisaient confiance.

Alors ?

« Un organisme public, tiers de confiance, est créé dans chaque département et intercommunalité de plus de 200 000 habitants. Il a pour mission d’aider les citoyens, les petites entreprises locales, les élus locaux à monter des projets opérationnels de leur initiative visant à réduire massivement les émissions de gaz à effet de serre. Il capitalise et diffuse les expériences réussies, met à disposition l’ensemble des éléments qui permettent leur reproduction, leur amélioration. »

Un peu coûteuse en emploi public, cette proposition suppose la création progressive de 150 agences, dont 100 départementales financées par l’Etat et les départements et 50 urbaines financées par les collectivités concernées et par l’Etat. La moitié des postes pourrait être occupés par des titulaires en place des collectivités, des directions territoriales de l’Etat et de l’Ademe ; bonne occasion de remettre de l’ordre dans une décision absurde : les ressources humaines de l’Etat d’un côté et l’argent de l’Etat à l’Ademe de l’autre, ou comment organiser les hostilités.

Concentrées sur les projets, le nombre d’agences est un atout car chacune peut se centrer sur tel ou tel type de projet issu de son territoire et diffuser aux autres ; ensembles elles peuvent pointer les trous dans la raquette et s’organiser pour les boucher collectivement.

Composées de professionnels venant de tous horizons et de toutes les structures, réunies par une mission motivante, chaque fois sous la direction d’un professionnel soigneusement choisi pour ses compétences, elles tractent les projets, aèrent les décisions, sous le regard des autres.

Ensembles, elles permettent une prise en main méthodique et industrielle du sujet, le contraire des politiques d’incitation qui se soldent par l’actuelle course aux guichets et le gâchis d’argent public saupoudré, faute de ce tiers professionnel de confiance, responsable global sur un territoire.

Vous pourriez dire ; un 7ème étage ? Surtout pas : une communauté de projets. En réseau, horizontal, chaque agence part du bilan carbone de chaque territoire, fournit par l’Insee, s’est doté de la panoplie d’actions qui produisent des économies d’argent en économisant du C02 et finance les projets avec le pacte fiance climat de Jouzel et Larrouturou. Voir les 4 propositions.

Ce qui permet aussi de monter des projets pour la puissance publique, ou à partir d’elle :

Exemple concret : l’efficacité énergétique des bâtiments de la puissance publique sur un territoire : mairies, écoles collèges, lycées, hôpitaux, Préfectures… Un même diagnostic, mené par les services respectifs dans un cadre commun, un plan d’action co-construit, dans la durée, créateur d’emplois locaux, un même appel à prestataires qualifiés pour mener à bien ce qui doit l’être et développer un vivier d’entreprises auxquels les particuliers puissent faire appel. Voir : http://agirlocal.org//wp-content/uploads/sites/15685/2016/02/20160625-fiche-action-collectivite%CC%81s-et-e%CC%81tablissements-publics.pdf

Autre exemple La précarité énergétique d’une veuve âgée dans son pavillon trop grand peut être réglée par la colocation à de jeunes étudiants, ce qui permet avec l’argent des loyers, de rénover thermiquement le pavillon ; une banque garanti la bonne fin de l’opération en cas de décès de la veuve. Le Crous, la SEM à énergie positive en Île de France, les prêts à taux zéro, sont là. Il manque le tiers de confiance pour finaliser le projet. Voir pages 55-60 de http://agirlocal.org//wp-content/uploads/sites/15685/2016/02/synthese_transition_2014_part_ii_-_web.pdf

Une démocratie dans l’action, qui ne revient ni sur la démocratie représentative, ni sur l’organisation des pouvoirs publics, non : qui fédère par projet, local. Une organisation qui met en mouvement 30 millions de ménages, 5 millions d’entrepreneurs, plusieurs centaines de milliers d’élus locaux ;

et qui laisse entière la responsabilité de nos gouvernants. Il y a bien d’autres matières à décider de nos biens communs qui ne peuvent l’être que par ceux que l’on a élu pour cela.

Articuler les initiatives de terrain et les décisions des gouvernants, n’est-ce pas une bonne question ?

Grand débat national

Ces  contributions au grand débat national sont transverses aux quatre thèmes voulus par le gouvernement : transition, fiscalité, démocratie et organisation de l’Etat et des services publics.

La première est faite depuis le citoyen, au pied des 6 étages de gouvernement de nos biens communs, de la commune à l’Europe. Elle propose de traiter les crises sociale, écologique, financière et économique, les unes par les autres. Le mal par le mal en quelque sorte, en entrant par la crise écologique : 4 propositions

La seconde développe la première des 4 propositions, fondamentale: la connaissance de nos émissions de CO2 pour agir local, régional : ignorer le CO2?

La troisième est un outil technique qui a un mérite politique: celui de créer une démocratie permanente, ni démocratie représentative, indispensable, ni référendum d’initiative citoyenne, ponctuelle ; elle est faite par un observateur qui a eu à travailler au sein ou avec les 6 étages de gouvernement. Elle propose de créer un organisme public transverse, proche, sur les territoires, rassemblant les compétences des 6 étages de gouvernement, pour aider les habitants, entrepreneurs et élus locaux à monter des projets efficaces, pour vivre mieux : tiers de confiance

 

 

 

Grand débat national 4 propositions

Il n’y a pas 36 solutions : Soit on continue à se jeter les uns contre les autres, soit on cherche une issue à la crise. Cette contribution au grand débat national fait une proposition d’issue à une crise qui est sociale, écologique, financière et économique. Elle propose de traiter les crises les unes par les autres. Le mal par le mal en quelque sorte, en entrant par la crise écologique.

Evidemment il faut accepter de lire ce qui suit, que cela vous choque ou pas.

L’idée dominante de cette proposition est que nos gouvernants cessent de nous prendre exclusivement pour des irresponsables et que les français,- qui les élisent-, ne restent pas uniquement en mode revendicatif.

Le principal levier de cette proposition, c’est la réduction de gaz à effet de serre : économiser du CO2 augmente le pouvoir d’achat que l’on peut réinvestir dans le renouvelable, pour vivre mieux. Vivre mieux, c’est bien ce après quoi nous courons tous ?

La preuve de l’intérêt de cette proposition se trouve dans les réponses à la question : comment économiser du CO2 ? La première de ces réponses est vitale : savoir ce que nous émettons, là où nous vivons c’est à dire là où nous pouvons en décider.

1. Un bilan des émissions de gaz à effet de serre à la commune

Les données publiques sont celles qu’un pays se donne pour se gouverner : s’il y a bien urgence climatique alors cette donnée est clé au même titre que la population, l’emploi, et bien plus que d’autres choses comme le nombre d’hôtels 5 étoiles de chaque commune de France fournit par l’INSEE.

Que l’INSEE fournisse le bilan des émissions de gaz à effet de serre à la commune est le minimum pour ne pas prendre les français pour des enfants irresponsables. En langage élyséen, cela donne « faire confiance aux territoires, à la société et aux acteurs pour se transformer ». C’est aussi le minimum pour que les citoyens agissent systématiquement à leur niveau pour contrer le changement climatique autrement qu’en revendiquant. L’ex direction régionale de l’équipement Île de France l’a fait il y a 10 ans pour un coût dérisoire à partir du bilan carbone régional. En jachère depuis.  accéder à l’outil 

Proposition 1 :

Le bilan des émissions de gaz à effet de serre est fournit par l’INSEE ; il détaille les 4 postes clé sur lesquels agir : la nourriture, les bâtiments, les déplacements et l’énergie qui se cache derrière toutes nos machines. Il en fournit les éléments de calcul, kWh et sources d’énergies, entre autres. Il est simplement additionnable de la commune à la région.

2. Economiser du CO2 augmente le pouvoir d’achat

A l’expérience, on constate que les mesures à prendre pour réduire nos émissions se répartissent en trois : celles qui non seulement ne coûtent rien mais permettent d’économiser de l’argent, l’éco conduite, le covoiturage ou le format des photocopies par exemple (eh oui); celles qui demandent un tout petit investissement, un régulateur de chauffage ou des robinets thermostatiques sur les radiateurs; celles qui coûtent en investissement, l’achat d’une voiture bas carbone ou l’isolation par l’extérieur de nos bâtiments. Pour en connaître plus : voir habitants, entrepreneurs, élus locaux en page d’accueil de www.agirlocal.org

Puisqu’économiser du CO2 donne du pouvoir d’achat, pourquoi le gouvernement ne capitalise pas les très nombreuses initiatives citoyennes qui le permettent sur un site grand public ? A grand renfort de marketing ?

Proposition 2 :

Les solutions permettant de réduire ses dépenses sans investissement, logement et déplacements notamment, sont capitalisées et présentées sur un site internet grand public, hiérarchisées par thèmes en fonction de leur efficacité.

3. Réinvestir ce pouvoir d’achat dans le renouvelable, c’est à dire le bien être

Il reste un troisième type d’actions qui demandent d’investir. Troisième proposition, celle du tiers de confiance. Car pour agir nous avons besoins de gens qui savent, capables d’aider les acteurs de terrain, les citoyens à monter leurs projets ensembles. Autrefois, sous une autre forme et à destination des seules communes cela s’appelait l’ingénierie publique.

Proposition 3 :

Un organisme public, tiers de confiance, est créé dans chaque département et intercommunalité de plus de 200 000 habitants. Il a pour mission d’aider les citoyens, les petites entreprises locales, les élus locaux, à monter des projets opérationnels de leur initiative visant à réduire massivement les émissions de gaz à effet de serre. Il capitalise et diffuse les expériences réussies, met à disposition l’ensemble des éléments qui permettent leur reproduction, leur amélioration.

Par exemple, des propriétaires de maisons groupées peuvent se réunir pour rénover thermiquement leurs maisons en fonction de leurs capacités financières et ainsi mutualiser pour économiser, avoir plus de confort thermique, et réduire leurs émissions : 10 millions de maisons en France. Il manque le tiers de confiance, dans la continuité, pour mener à bien le projet. Nous l’avons bricolé.

Comme pour monter un projet vélo domicile travail qui combine parcours cyclables, parkings sécurisés et locations-réparation de vélo. A 5 centimes du km au lieu de 50 à 100, le gain de pouvoir d’achat est évident. Lorsqu’il est possible de supprimer la deuxième voiture, c’est un treizième mois. La moitié des déplacements en Île de France, en France et en Europe se font à moins de 3 km, la distance de pertinence du vélo, a fortiori du vélo électrique qui efface les dénivelés. Essayé, sans succès faute d’appui de l’Etat local, enfermé dans ses procédures : projet velo

Pas convaincus? Voyez la proposition du conseil des partenaires de la mission de préfiguration de la métropole du Grand Paris : rapport . il y avait nombre de très grandes entreprises dans ce groupe de travail.

Seule mesure un peu coûteuse en emploi public, cette proposition suppose la création progressive de 150 agences, dont 100 départementales financées par l’Etat et les départements et 50 urbaines financées par l’Etat et par les collectivités concernées. La moitié des postes pourrait être occupés par des titulaires en place des collectivités, des directions territoriales de l’Etat et de l’Ademe ; bonne occasion de remettre de l’ordre dans une décision absurde : les ressources humaines de l’Etat d’un côté et l’argent de l’autre, ou comment organiser les hostilités. Concentrées sur les projets, le nombre d’agence est un atout car chacune peut se centrer sur tel ou tel type de projet issu de son territoire et diffuser aux autres, pointer les trous dans la raquette et s’organiser pour les boucher collectivement.

Une prise en main méthodique et industrielle du sujet, le contraire des politiques d’incitation qui se soldent par la course aux guichets et le gâchis d’argent public.

4. Comment financer ?

Reste effectivement une question : globalement, comme le rapport Stern l’a démontré en son temps et comme l’’augmentation des coûts d’assurances le démontre année après année, nous avons un intérêt financier évident à financer la transition : elle coûte moins cher que les dégâts de l’inaction. Ce n’est pas ce que nous faisons. L’intérêt général n’est pas la somme des intérêts particuliers. Une des façons de contourner cet obstacle est de financer massivement les projets à taux zéro. Oui, mais avec quel argent ?

Le pacte finance climat de Jean Jouzel et Pierre Larrouturou fait une proposition : en fléchant la création monétaire sur l’économie réelle, à travers la Banque européenne d’investissement vers chaque Etat européen, à hauteur de 2% de leur produit intérieur brut, à charge pour eux de prêter aux particuliers, aux entreprises, aux élus locaux : 1000 milliards par an ; sans endettement de l’Etat donc.

Mais aussi en taxant les bénéfices en Europe à hauteur de ce que Trump a décidé pour les USA : produit attendu, 100 milliards par an, de quoi financer notre recherche développement par exemple sur le stockage des énergies renouvelables soumises aux aléas du soleil et du vent, lancer des projets qui ont besoin de subventions au départ, le projet énergie sprong par exemple qui permet ensuite d’isoler les maisons du secteur social sans subvention ; et enfin l’Afrique dont la population va doubler, les besoins de migrations grandir avec les catastrophes du changement climatique. Notre intérêt le plus évident est de les aider à passer directement sur le renouvelable : pacte finance-climat

Proposition 4 :

Rechercher un accord avec la chancelière allemande pour proposer de mettre au suffrage universel le pacte finance climat de Jouzel et Larrouturou à la façon dont Schumann et Adenauer, sur proposition de jean Monnet, ont décidé la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier en 8 jours et l’ont construite en 6 mois.

Ce qui ruisselle ne dépendrait alors pas du seul bon vouloir des riches mais aussi d’une politique massive, à l’échelle européenne, de traitement de la crise sociale, écologique, financière et économique (26 personnes, aussi riches que la moitié la plus pauvre de l’humanité).

Ces quatre propositions sont d’un coût ridicule en valeur absolue, encore plus en regard des enjeux, pour une sortie par le haut des crises qui nous assaillent et dont nous sommes collectivement les seuls responsables. En langage élyséen « de quoi structurer l’action du gouvernement et du parlement

A noter qu’il y a beaucoup mieux à faire en élargissant ces données aux 6 enjeux du développement durables dégagés lors du Grenelle de l’environnement et mis en données publiques par l’ex direction régionale de l’équipement Île de France. Voir . Le texte commence par :

« Aller vers moins d’énergies fossiles, moins de minerais, plus d’intelligence collective pour un partage raisonné des espaces et des ressources naturelles, sur un chemin économique et social acceptable, dans le plaisir de vivre ; tel est le sens de l’outil @d aménagement durable »

Documents à consulter 

Documents à consulter

Le pacte finance climat résumé en 2 pages : http://agirlocal.org/pacte-finance-climat/

La synthèse à chaud d’un atelier d’un mois de 21 jeunes professionnels de 13 nationalités sur « la vie dans les métropoles au XXIème siècle », préparé par 100 experts pendant 2 ans. 9 pages illustrées : time révolution, food and the city, Seeds, et Micropolis qui tape en plein dans les revendications des gilets jaunes http://agirlocal.org/productions-a-chaud/

Un projet local mené au bout par une association de propriétaires : rénovation mutualisée de 13 pavillons groupés à Jouy le Moutier Val d’Oise, comme il en existe 10 millions en France ; les travaux s’achèvent à la fin de l’année : http://agirlocal.org/projet-rev/

Un exemple de projet resté sans suite faute d’accompagnement ( post atelier 2015 sur territorialiser la transition) : La veuve dans son pavillon trop grand, mal isolé : de quoi louer à des jeunes en colocation, et financer l’isolation du pavillon : avec de la SEM à énergie positive (francilienne), du Crous, des prêts à taux zéro et de l’ingénierie publique pour cadrer le tout. Une dizaine d’autres là : http://agirlocal.org//wp-content/uploads/sites/15685/2016/02/synthese_transition_2014_part_ii_-_web.pdf

Une dizaine d’autres propositions construites en interaction avec l’Etablissement public foncier IDF, Grand paris aménagement, la CDC, Icade, Arep, St Ouen L’aumône et Plaine Commune par 9 participants revenus pour un post atelier. De quoi booster le devenir des zones d’activités en créant du lien social, (conforté pour l’une d’elles par la programmation pluriannuelle de l’énergie) mais toujours sans accompagnement : http://agirlocal.org/devenir-des-za/. A noter que les 9 poursuivent pour mettre en œuvre les projets ainsi établis, https://www.collectifpointvirgule.com/

PPE et photovoltaïque dans les zones d’activité

En juin 2017 nous avons rendu un travail de 9 professionnels trentenaires sur le devenir des Zones d’activités dans lequel se sont impliqués l’Etablissement public foncier IDF, la Caisse des dépôts, Grand Paris Aménagement, Icade et Arep ainsi que deux territoires, Cergy-Pontoise et Plaine Commune.

Parmi les 10 fiches actions produites, le potentiel photovoltaïque des toits des bâtiments de ces zones d’activité est pointé : il est, en Île de France, de l’ordre de grandeur de la consommation des grandes industries et des PME-PMI (source RTE). Etendu à la France, il est de l’ordre de grandeur de la production annuelle de 17 réacteurs de 900 GW:20171004 Potentiel photovoltaïque ZA

A l’occasion de ce travail, les jeunes professionnels se sont constitués en association: https://www.collectifpointvirgule.com/about

Nous écrivions alors à l’Elysée : ce projet de transition écologique et solidaire, à construire, est d’intérêt national.

Avec le PPE, Il semble que nous y soyons.

les 10 fiches action : https://bit.ly/2U1VG4K

la vie dans les métropoles au XXIème siècle; production à chaud

« La vie dans les métropoles au XXIème siècle ».

Productions, à chaud

« Nous avons pris un gros coup de vieux. Qu’a-t-on raté pour que ces jeunes nous en disent autant ? ». La déclaration provient d’un membre du jury du 36ème Atelier International de Maîtrise d’Oeuvre Urbaine, qui portait sur l’évolution des modes de vie en métropoles et dont les travaux se sont clos à Cergy le vendredi 28 Septembre.

 Les Ateliers :

Association d’utilité publique, les Ateliers Internationaux de Maîtrise d’Oeuvre Urbaine de Cergy-Pontoise organisent depuis 1982 des ateliers de création et de production urbaine collective en France et à l’étranger. Chaque année en Ile de France, un atelier « jeunes professionnels et étudiants », est sollicité par des élus locaux et des institutions en Région Ile-de-France. Les participants travaillent bénévolement plusieurs semaines avant de présenter leurs propositions devant un jury international composé pour l’occasion.

Si cette formule continue d’être appliquée depuis 36 ans, c’est qu’elle a fait la démonstration de son efficacité, tant pour les villes étrangères qui la sollicitent régulièrement, que pour d’autres projets en Île-de-France ; la plus décisive étant le changement de lieu de l’exposition universelle de Shanghai de 2010 depuis les terrains autour de l’aéroport à ceux du centre ville. D’autres projets en Île-de-France ont bénéficié, à leur émergence, des propositions de ces jeunes professionnels et des débats ainsi instaurés : Paris Saclay par exemple qui concentre le quart de la recherche française.

Le dernier atelier international de maîtrise d’oeuvre urbaine francilien s’est déroulé du 3 au 28 septembre 2018 et s’intitule « Quelle vie dans les métropoles au XXIème siècle ? ».

Entre l’urgence du changement climatique, la fulgurante révolution technologique et le gigantisme qui se développe sur tous les continents, où et comment vivrons-nous demain dans un monde à la fois de plus en plus urbanisé, écologique et connecté? L’atelier a pris pour angle les modes de vie métropolitains, avec toute les extensions que ce mot de métropole induit : le centre, l’agglomération, la région, le grand bassin parisien et au delà ce qui en fait une métropole internationale allant chercher ressources et emplois sur toute la planète. Il attend des participants qu’ils en donnent une vision des transformations territoriales, urbaines et rurales, voulues par leurs découvertes, leurs pensées, leurs désirs du monde où vivre mieux, bien ; de quoi choisir leur destin, dessiner leur avenir, la vie qu’ils veulent mener, pour eux et leurs enfants.

Nous n’avons pas été déçus…

dessin Bertrand Warnier

.La production de l’atelier francilien 2018 :

Après deux ans de préparation et un mois de travail en équipes, 20 jeunes professionnels, de 13 nationalités différentes ont pour le moins bousculé le jury, ce 28 septembre et à travers lui, élus, professionnels et citoyens.

Leur message, en substance :

Nous ne pouvons plus faire confiance à vous, qui êtes aux commandes, à vos modes de fixation des objectifs et à vos modes de travail. Leur dominante technocratique à forte dose d’ingénierie, mise en oeuvre dans un schéma top-down, sont menées dans l’inconscience de l’extrême urgence des impératifs climatiques. Elles laissent de côté les deux entités qui doivent être le coeur même de la démarche : l’humain avec son aspiration au bien-être et la nature, qui est le cadre dans lequel cet humain doit s’inscrire.

Prendre au sérieux ces enjeux bouleversent nos modes de vie.

C’est de la vie commune, à l’échelle locale et d’initiatives de terrain menées en réseaux, que peuvent émerger progressivement cette transformation. C’est aussi un chemin pour construire ensemble un sentiment d’appartenance à des territoires à plus grand échelle, jusqu’à l’échelle métropolitaine.”

Les Ateliers/ Montage imv

Le jury n’est pas le seul à être bousculé, trois catégories de personnes sont interpellées par les productions de ces jeunes professionnels:

  • les politiques et plus généralement les décideurs : en remettant en question les manières contemporaines de réfléchir l’aménagement du territoire, son devenir, en insistant sur la fin d’un modèle de l’aménagement et la nécessité de renouveler ce modèle, de penser changement du métabolisme des territoires, de ceux qui les occupent, de ceux qui gèrent et consomment ses ressources, produisent pour eux et les autres, commercent, importent et exportent personnes, marchandises, connaissances et argent.
  • Les urbanistes et autres professionnels de la fabrique de la ville en leur enlevant leurs calques et leurs feutres. Leurs nouveaux outils d’aménagement étant : la notion du bonheur à tout le moins du bien être/ L’économie du temps / une alimentation saine, des graines de forêt… et l’inverse de la mégalopole et son centre tout puissant. Pire avec des indicateurs de bien-être. Les voilà bien embêté les concepteurs à devoir interagir avec ces nouveaux outils… une injonction à changer les méthodes de conception, à réinterroger d’urgence les pratiques professionnelles.
  • Les citoyens qui ne peuvent pas se dispenser d’être présents et acteurs des transformations du territoire de demain. Pas seulement les militants de la chose, toujours les mêmes ; non, toutes et tous, à se parler, à échanger des savoir-faire, à les habiller de neuf surtout s’ils sont méprisés, à entreprendre des projets ensemble, concocter des services, prendre soin de soi et des autres, s’approprier les espaces publics, y vivre, paisiblement. Sont ils prêt pour endosser le rôle qui leur est attribué ce jour? S’agit t’il d’une utopie élitiste ou d’une réalité à moyen terme? Moyennant quels déclencheurs, quel cadres, quels traitements des enjeux structurels, ceux pourquoi nous mandatons nos élus ?

Un mois de travail :

La radicalité des prises de position dont les équipes sont parties pour faire leurs proposition est sans équivoque, quel qu’en soit l’angle, annoncé dans le titre qu’elles se sont choisi :

Pour « Time révolution », nous n’avons que 24 h par jour, une vie toujours plus stressante qui fait que 69% des franciliens veulent quitter la région. Une video à l’heure de pointe dans le RER dispense d’en dire plus. Le travail structure le reste de la vie.

Et si l’on travaillait 6 h par jour, différemment, à horaires flexibles, avec moins de déplacements ? Et d’ailleurs sans voiture. “Et si ,au lieu de courir après le travail c’était le travail qui suivait l’individu”?

Pour « Food and the city » le changement climatique doit être pris au sérieux ; Et ils passent un extrait du film « soleil vert » de 1974, supposé se passer en 2022, pour enfoncer le clou. La démographie plus l’étalement plus les pollutions en tous genres entrainent le changement climatique. Et se centrent sur la nourriture, un tiers des émissions de gaz à effet de serre. Ils refusent les objets comestibles non identifiés et interrogent modèles agricoles et contenu de nos assiettes : sel, sucre, viande. Ils citent PIerre Rabhi en nous souhaitant bonne chance plutôt que bon appétit.

Pour « Seeds », l’avenir est annulé comme le montre une manchette du Monde en 2050, et nous n’en serons ni les boulons ni les écrans. Ce sont nos modes de vie qu’il faut changer. Alors, devant la diversité des visions, des intérêts, des territoires, comment faire ? Le top down a fait la démonstration de ses limites. Si l‘on repartait du bas pour converger ? Comme ce festival né en Inde à la fin du XIXème siècle, sur un thème religieux prétexte, en réalité à se rassembler contre l’empire britannique qui l’interdisait. Vidéo.

Pour « Micropolis », Paris est au centre de tout, moteur et récepteur de toutes les richesses, seul lien effectif entre les autres territoires. Et ils choisissent de s’intéresser aux exclus du Grand Paris qui assèche les territoires bien au delà de la région, en font des villes dortoirs. Plus, ils considèrent que les périmètres des territoires gouvernés ne sont pas adaptés à la bonne gestion des espaces et des ressources, ne sont pas à la hauteur du défi climatique. Et affirment, ce qui compte c’est le territoire géographique, le grand paysage.

Les propositions territoriales sont en conséquence :

« Time révolution »

S’il y a plus de robotisation alors il faut se concentrer sur l’humain, laisser plus de choix par rapport aux contraintes de temps, de travail, de distance. Puisque c’est le travail qui est contraignant, avec les déplacements qu’il impose, « Time révolution » distingue le travail forcément présentiel comme celui de l’infirmière, le gardien ou l’éboueur, du travail qui peut être effectué en partie à distance ; et propose d’abord la création massive de tiers lieux autour des gares.

Time révolution

A 6h de travail et 8h de sommeil par jour, leur mini enquête conduit à poser la question : on fait quoi des 9h qui restent ? Jardinage, cuisine, agriculture urbaine, loisirs, culture, vie sociale, services civiques, sport… Cela, c’est à dire travail présentiel, en tiers lieux et activités non rémunérées, peut se faire dans une communauté à 20 mn de distance, 3km de rayon autour d’une gare où vivent 93% des franciliens et des tiers lieux.

Time Révolution

Changer les rythmes des vies suppose de changer les territoires et leurs modes de fonctionnement. De nouveaux modes de transport, doux et transports en commun, transforment le territoire en le rendant marchable, cyclable, accessible, dans la proximité.

L’équipe décrit la nouvelle vie de 3 habitants type sur un territoire ainsi structuré et gouverné.

La formulation « what if to morrow, jobs follow people » domine, fait sens bien au delà des tiers lieux.

« Food and the city»

Chaque million de bouches supplémentaires en Île de France, c’est plus d’insécurité alimentaire. Chaque degré de réchauffement, moins de rendement agricole. Sur ce constat, « Food and the city» s’attache, dans le temps disponible, à deux points clés : la production agricole et la consommation. Ils proposent 6 critères pour évaluer le potentiel d’évolution de 4 types de territoires et leur capacité à écarter le futur qu’ils ne veulent pas : le potentiel éducatif/ production, transformation et transports efficaces/ bienfaits sociaux/ empreinte écologique minimale/ support à la biodiversité/ création d’emplois.

Food and the city

Puis ils se penchent sur :

-La zone d’activité de Courtaboeuf autour de fermes verticales, résilientes ;

-Paris saclay autour de l’autonomie alimentaire bio de ce grand territoire ;

-Saint Denis autour du maraichage urbain et l’excellence par l’alternance dans les métiers de bouche/ -Cergy Pontoise et le parc naturel du Vexin autour du renforcement du lien agri-urbain et une quantification : leurs 40 000 ha agricoles peuvent nourrir 1,5 millions d’habitants végétariens ou en fournir 40 000 en viande.

Food and the city

Et terminent par un manifeste en trois temps : nous reconnaissons, nous proposons, nous demandons. En particulier une évolution drastique du statut de la propriété, dissociant l’usage des sols agricoles de la propriété du foncier.

« Seeds »

L’avenir est bloqué, les territoires métropolitains sont d’une grande diversité, comment favoriser l’équité, la durabilité et le bien être ?

Seeds

En connectant les diversités, par des interventions modestes, ascendantes, des graines qui fassent forêt comme ce festival indien, métaphore de leur proposition ; festival local à sa création, il est aujourd’hui une manifestation pluri-religieuse qui a franchi les frontières de l’Etat où il est né. une manière, pendant dix jours, d’échanger dans l’allégresse les questions sur la société dans laquelle on vit.

Semer quoi sur les territoires ? Beaucoup de petites initiatives plutôt que peu de grands projets, pour enseigner ce que chacun sait aux autres, apprendre l’entreprenariat à la population, fournir des aides notamment financières, à la création d’entreprises, partager les connaissances et les compétences.

Et pour semer trouver des failles où planter des graines : lieux de travail flexible, écoles, habitat, mobilités douces, frugalité et recyclages en sont le cadre matériel tandis que variété, égalités, proximités et économies en sont le cadre immatériel.

Puis pour enfouir les graines, réunir, unifier, prendre soin, fonder, augmenter.

seeds

Deux sites illustrent cette démarche :

Vendôme : la gare historique pour un développement retrouvé, lié aux bourgs et villages voisins ; le site Louis vuitton en cœur de ville pour un hub de la mode irriguant le territoire.

Saint Denis : les espaces publics des rues et de la gare pour connecter les voisins, apprendre en faisant, aider à l’auto organisation, faire s’approprier les espaces publics, cultiver des légumes, augmenter le contrôle social et la sécurité.

« Micropolis »

Peut-on vivre sans Paris ? Paris est plus dépendant de sa périphérie que l’inverse. Et si talents et produits, au lieu d’aller travailler à Paris étaient distribués équitablement sur la région ? Et si une seule métropole se changeait en un réseau de petites métropoles ? Economie locale, changement climatique et inégalités, les initiatives ne manquent pas aujourd’hui mais ne se connaissent pas, ne se nourrissent pas mutuellement.

D’où la micropolis proposée qui profite des mêmes aménités que le centre. Comment ?

Micropolis une nouvelle gouvernance

D’abord par une nouvelle gouvernance aux limites redessinées par la géographie physique et les paysages : gérée par une communauté de citoyens qui utilisent ses ressources territoriales spécifiques avec un soutien financier des institutions. Le relief et l’eau en sont les structures premières.

Une grille de 8 indicateurs appuie la transformation vers des territoires locaux et connectés, attractifs, où l’on vit bien. Points forts et potentiels de chacun permettent de combler les lacunes des uns par la connexion avec les autres. La grille pointe et mesure la création de valeur, elle est contrôlée et diffusée par l’organisation métropolitaine.

Micropolis

Deux territoires, Cergy et le Vexin d’une part et confluence Seine-Yonne de l’autre mettent en lumière les villes de fleuve et de rivière, les villages de plateau et ceux de routes.

3 outils sont proposés à titre d’exemple; l’urban cube, tiers lieu professionnel étendu à la rencontre et à la créativité ; food share qui vise un lien direct producteurs et consommateurs locaux-investisseurs ; et une plateforme d’échange de logements institutionnelle, temps réel.

Avec Cergy et Egreville, Gouzangray, 70 habitants, mini cluster de moutarde de qualité, est l’une des 3 scènes illustrant cette vie transformée.

Le jury

Traditionnellement, le jury est considéré comme une sorte de 5ème équipe. Il doit travailler en quelques heures.

Aussi, en introduction des délibérations, les pilotes donnent une vision lapidaire du sujet et de la production de l’atelier.

Les pilotes :

Le sujet de l’atelier « la vie dans les métropoles au XXième siècle » est ample, complexe et par nature conflictuel : son objet est de construire un début de vision partagée. Vaste programme.

Mais ce qui marque, c’est la claque adressée aux plus de 30 ans par la dernière génération à pouvoir encore espérer écarter la menace climatique et qui seront aux commandes demain : Ils n’ont pas confiance.

La vision radicale du monde de ces jeunes bouscule : le jury que nous sommes d’abord, dans ses responsabilités, ses compétences, ses modes de vie. Il n’est pas le seul : décideurs, concepteurs et habitants le sont aussi.

Puis un jury, tantôt séduit, tantôt critique, toujours piqué au vif par cette approche par la vie, à long terme s’est mis au travail. Inégalement prêt à entendre leurs prises de position et leurs idées de solutions, il a d’abord été unanimement surpris par la convergence de propos de participants venant des 4 coins de la planète.

Verbatims du délibéré :

Séduits

Un souffle d’air frais dans la réflexion enkystée des métropoles

Petites ruptures, effets paradoxaux

8 milliards d’être humains et bientôt 2-3 de plus exercent une énorme pression sur la planète

C’est une entrée en résistance par rapport à l’héritage reçu, une technophobie.

Le bottom-up n’exclut pas une structure pour traiter les défis collectifs

Critiques

Les solutions alternatives proposées sous-estiment les opportunités métropolitaines

La radicalité des constats m’a marqué ; au point d’être binaire et faire table rase de la complexité.

La possibilité d’imaginer le monde est une vision élitiste du tiers des humains qui en a les moyens

Le bottom-up ne fonctionne qu’à certaines échelles, le quartier, l’animation d’un lieu.

Les métropoles sont débordées par les flux migratoires : 2000 personnes qui arrivent chaque jour ne permettent pas de traiter les problèmes.

En revanche, nous avons fait une société de la possession et de la consommation : c’est une erreur majeure que nous avons faite.

Les modèles proposés sont-ils additifs ou substitutifs ?

Ils ont l’air d’être tantôt avant, tantôt après la rupture. Ce n’est pas clair

Il y a quelque chose de pastoral dans leurs propositions, partagées par plusieurs nationalités.

Si 69% des franciliens veulent quitter la métropole, le reste du monde va s’y précipiter.

Eux et nous

(Pour eux) la prise en compte du développement durable n’est pas une interrogation : il est acté ; on ne peut plus faire comme avant.

La vision critique des métropoles dont ils émanent est un acte de réfléxivité. Et nous, quelle réfléxivité, quels impensés de nos modes d’action ?

(Pour eux) Tout ce qui est frontière doit être changé

Dans toutes les cultures, ils n’attendent rien des gouvernants mais d’acteurs citoyens pour agir. Que va-t-on faire de cet objet ? Vivement qu’ils soient aux affaires

Nous sommes dans la recherche du bien-être par la possession alors qu’ils le cherchent dans la générosité, l’entraide.

Ils ont dit, le plus précieux, c’est notre durée de vie

Au moment où on ne parle que robots et intelligence artificielle, ils parlent de temps, de nourriture. Nous pouvons jeter nos smart city, vite.

(Pour eux) la notion de bien être va avec ralentir.

Nous tous, demain

Allons nous réfléchir à nos territoires de la même manière, demain ?

Leurs propositions d’agir à différentes échelles laissent place à des histoires plurielles.

Que va-t-on en faire ?

(Pour eux) l’humain est au centre, concrètement, par les actes. Nos décisions macro ont-elles assez pensé aux effets micro ?

Je repars avec des questions et des graines : les lieux qui font sens, les lieux de contact/le temps du faire, avec, pour, mais ne faut-il pas s’ouvrir aussi à l’être ?/l’importance de l’alimentation mais de son rôle social aussi/la nécessité de relocaliser la gouvernance : ateliers des actions, des savoirs, de l’être ensemble/ quelle place à l’éducation ?

Nous sommes au moment de la remise du rapport Castro ; ce que ces jeunes nous proposent et ce que nous en avons dit est d’une toute autre dimension.

Ils ont demandé comment articuler le bottom up et le top down, avec un minimum de moyens pour traiter les enjeux globaux : l’exemple de Gouzangrez, 70 habitants, dont ils font un cluster moutarde de qualité met autour de la table les 170 maires qui structurent le territoire, qui posent objectifs et moyens de traiter la menace climatique mais aussi les enjeux économiques, sociaux.

Productions de jury et prises de position de participants :

Au delà du constat de convergence entre les propositions des 4 équipes et de prises de positions variées, le jury a émis trois types de remarques et a entendu quelques réponses ; un début de vision partagée :

  • Certaines de ces visions existent déjà, elles sont mises en oeuvre ici ou là, tant en entreprise que dans la vie locale, ce qui signifie que la “graine” d’expérience n’est pas toujours à inventer. Alors pourquoi n’allons nous pas aujourd’hui, plus vite et plus loin se sont-ils entendus dire ?
  • Le terrain dégagé par l’action locale pourrait préparer un lit douillet aux Gafam…. à moins que la prise de conscience de ce qui doit rester, le libre arbitre, ne reprenne le dessus. Au delà des nécessaires règlements européens, et de l’indispensable débat permanent sur les réseaux comme dans les médias, il revient à chacun de prendre conscience et de tirer les conséquences de cet enjeu ultime. Comment si ce n’est en repartant des êtres humains?
  • Considérer le local comme seul moteur de transformation de la société, hors toute intervention de l’action publique serait dangereux, en ce qu’il peut être favorable au progrès des populismes. C’est d’un membre du jury provenant de l’autre côté de l’atlantique que provient cette remarque. Il n’est pas le seul à l’avoir faite. Sur le même thème est avancé le constat de la diversité des moyens des populations à imaginer le monde,-culturels, intellectuels et matériels-, mais aussi une question : le modèle proposé est-il additif ou substitutif ?

A l’inverse du tout local, si le mécontentement et la défiance de nos contemporains vis à vis de l’action collective ne sont pas entendus, le risque est tout aussi patent. Les actions modestes proposées sont précisément à portée de chacun tandis que les modèles proposés, dit cette jeune génération, ne sont ni additifs ni substitutifs mais de transition.

L’articulation des initiatives locales et de la gouvernance globale des territoires apparait bien incontournable, dans un nouvel état d’esprit.

D’ailleurs, à la dernière question du jury : “Comment allez vous faire ?” La réponse du dernier interpellé claque : « Nous avons besoin de vous tous pour répondre à cette question. »

Bertrand Warnier   Solenne Sari Jean-Michel Vincent

D’un ministre isolé à un ministre soutenu ?

Le 2 septembre 2018

Madame ou Monsieur le futur Ministre en charge de l’écologie,

Nicolas Hulot a dit combien il s’est trouvé isolé pour combattre la menace climatique à la hauteur des enjeux. Il n’est pas impossible que vous vous retrouviez dans la même situation. Aussi je me permets d’attirer votre attention sur le fait que 30 millions de familles, 5 millions d’entrepreneurs et un bon demi million d’élus locaux ignorent leur impact local en matière d’émissions de gaz à effet de serre. Il est donc peu étonnant que nous soyons aussi peu efficaces et motivés pour contrer à bon escient la menace climatique ; et vous bientôt aussi isolé que votre prédécesseur.

Nous estimons normal de connaître grâce à l’INSEE, la population, l’emploi et bien d’autres choses, commune par commune, ce n’est pas le cas de nos émissions de CO2. Pas plus que nous ne connaissons sur nos communes une douzaine d’indicateurs directement issus des 6 enjeux majeurs repérés il a plus de 10 ans lors du Grenelle de l’environnement : par exemple l’indice de développement humain, la distance domicile travail, les kwh/m2 de nos bâtiments, le potentiel de biodiversité. Sauf en Île de France.

J’étais alors directeur de la stratégie et du développement durable auprès du Préfet directeur régional de l’équipement. Il m’avait demandé de « faire que ça arrive ». Avec plusieurs milliers d’acteurs locaux, nous avons alors construit un outil de mobilisation des habitants, entrepreneurs et élus locaux qui leur donne la mesure de leur impact sur la planète à la commune, là où ils vivent et donc là où ils peuvent en décider : en douze lignes d’actions et indicateurs, cet outil simple permet de construire localement une vision partagée et organiser localement l’objectif zéro carbone mais aussi veiller au bien être ou à la biodiversité. Il a été validé par l’association des maires Île de France. Si vous habitez l’une des 1300 communes franciliennes, vous pouvez tirer un portrait de votre commune en quelques clics : http://agirlocal.org/acceder-aux-indicateurs-et-cartes-de-chacune-des-1300-communes-franciliennes/

Des actions, projets et démonstrateurs reproductibles en ont été tirés à l’échelle de la Région comme le chauffage urbain aux énergies renouvelables et de récupération, à l’échelle de la ville comme les tiers lieux sur les gares ou à celle du quartier plus modeste mais potentiellement très efficace comme la rénovation énergétique de maisons groupées (il y en a 10 millions comme cela en France). Les développements et le potentiel de développements sont sans commune mesure avec ces quelques exemples.

Plus tard, à la demande du ministère et de l’ADEME, nous avons généralisé cet outil à la France métropolitaine, à l’AFNOR. Reste à calculer les indicateurs pour 36 000 communes comme nous l’avons fait pour les 1300 d’Île de France. J’attire en particulier votre attention sur un indicateur global de biodiversité fait avec le Museum national d’histoire naturelle. Il avait intéressé en son temps le commissariat général au développement durable. Et puis « l’environnement, ça commence à bien faire » a dit un président de la république. Le commissariat a renoncé. D’autres avec.

Pour que ce travail ne se perde pas, nous avons continué, autant que faire se peut. D’une enquête faite après mon départ par la Direction régionale, au début 2013, il est ressorti que cet outil était connu de la moitié des décideurs et utilisée par un quart. Sans un euro de subvention.

En 2014, j’ai documenté et porté tout cela sur internet en mode 20 lignes, 2 pages, 20 pages selon le temps et l’intérêt de chacun: www.agirlocal.org . J’y ajoute de temps en temps un article à la une. Cette fois, il s’agit d’un atelier international que nous montons depuis 2 ans sur « la vie dans les métropoles au XXIème siècle ». Si vous avez encore le temps de lire 4 pages illustrées, vous y trouverez un article qui vous permettra d’examiner l’état de réflexion collective à laquelle nous sommes parvenus. Il propose de jouer le bien être contre le climat, pose le fait que nous sommes le problème et donc la solution et enfin apporte des solutions concrètes, collectivement élaborées au fil du temps par ceux qui pourraient vous soutenir. http://agirlocal.org/la-vie-au-xxieme-siecle-court/

Mais vous savez tout cela, le tout est d’en décider :

Dans un premier temps, la mise à jour des données serait pour l’Île de France un progrès notable et très peu couteux. La généralisation à la France demanderait plus de travail mais mettrait la France, en moins d’un an, en pointe sur ce type de dynamique, à la veille de nouveaux mandats municipaux.

Bien des acteurs locaux ont inventé des projets sans cet outil, perfectible cela va de soi, mais il a une valeur ajoutée supplémentaire à la détection des actions efficaces : il permet de converger sans avoir à se coordonner. Y ajouter une liste de gisements de réductions des émissions de CO2 et une vitrine à projets nous permettraient d’agir localement à la hauteur des enjeux

Cela ne suffirait pas pour se hisser à la hauteur des enjeux mais serait un grand pas; vous auriez de quoi convaincre d’agir une trentaine de millions de familles dont les entrepreneurs et les élus, parmi lesquels les plus motivés se demandent « et maintenant on fait quoi ? » Seuls ou ensemble. Mobiliser 30 millions d’acteurs contre la menace climatique, ajoutés à un ministère, des arbitrages et des lois, cela vaut la peine d’essayer, non?

Evidemment, il y a peu de chance que vous lisiez ce message ; aussi, dès que je connaitrai votre nom, Madame ou Monsieur le ministre, je vous écrirai, par acquit de conscience.

Cette lettre sera probablement dérisoire. Lecteurs de ce post, il nous faut d’abord compter sur nous : relayez, partagez. Si nous faisons un score, nous serons entendus, jusque dans les ministères, bardés de lobbyistes : 43 sur 350 conseillers du gouvernement si j’en crois France 2. Et peut être, la ou le futur ministre lira ce post et s’en servira, soutenu.